Désignée comme une capacité d’éprouver des sensations et de réagir aux changements du milieu, la sensibilité personnelle est une notion très complexe et difficile à cerner. Elle relève du personnel et par conséquent du subjectif, ce qui est souvent opposé aux faits et risque d’être incorrect. Ce sont des opinions et des préférences variées, chacune dépendant du parcours personnel et de la situation spécifique de la personne qui en parle. Pour comprendre cette sensibilité personnelle, il faut souvent retracer une partie de la vie de la personne et découvrir ses origines.
Parmi les chercheurs interrogés, aucun ne parle de sa sensibilité personnelle de manière directe. Cependant, c’est une notion que nous retrouvons dans un grand nombre de leurs réponses concernant des sujets très variés.
Étant donné que les sensibilités commencent à être formées assez tôt, on constate que beaucoup de chercheurs, y compris Jas Elsner ou Gilles Sauron, parlent de leurs parents, de leur enfance ou de leurs études. Très souvent on retrouve des témoignages sur cet aspect de la sensibilité personnelle.
Jas Elsner
"He [My father] had lived the life of a great passionate artist in the avant-garde of the postwar years of the late 40s and early 50s. This is one of his paintings, there, in Japanese style. He was Cezanne! The myth! The pure perfect modernism. That was my main introduction to the world of images, from the passionate insider’s view of a particular artist". 1.1.1.
Martine Denoyelle
“J'ai été nourrie d'un certain nombre d'histoires de la mythologie très tôt. Pas l'image, l'image mentale. Je me rappelle très bien Oedipe et le sphinx. C'est une des premières histoires que j'ai connues. Mais il me parlait aussi de tout un tas d'autres choses. Des poèmes de Victor Hugo, de Michelet. Il y a eu une initiation au récit, dès l'enfance, et bien entendu quand on est enfant, le récit se met immédiatement en images mentales. Alors peut-être que par la suite j'ai cherché les images qui correspondaient au récit.” 1.1.3.
“...la passion de ma mère pour la peinture italienne, qui a joué un grand rôle dans mon intérêt pour l’image.” 1.1.4.
Luca Cerchiai
“Forse un interesse generico verso i monumenti o il piacere di guardare un quadro. Ma è difficile dire se questo trascorso abbastanza usuale abbia giocato un’influenza netta. L’interesse per l’iconografia è nato soprattutto dalla scommessa di provare a fare un certo tipo di ricerca. Naturalmente poi c’è un background.” 1.1.3
Luca Giuliani
“La cosa che forse mi ha determinato era …, mia madre era andata a scuola a Berlino prima di venire in Italia, è venuta in Italia quando aveva diciannove anni, e la sua insegnante di classe che l’aveva portata fino alla maturità aveva insegnato tedesco e storia, ma era in fondo una storica dell’arte, la passione di quest’insegnante era la storia dell’arte. E si occupava di iconografia di manoscritti alluminati medievali. E lei è venuta spesso a trovarci a Firenze— io sono cresciuto a Firenze— e con lei sono andato nei musei, e per la prima volta ho fatto l’esperienza con una persona che mi insegnava a guardare. Quindi questa è stata la prima esperienza concreta di rendermi conto che uno non è che cammina attraverso una galleria di quadri, ma che il guardare è una cosa che richiede uno sforzo intellettuale preciso e che ci vuole tempo ; è diverso da quello che uno, se guarda una cosa, riesce a vedere cose che prima non aveva visto e che non sapeva. Quindi che l’attività di guardare è uno sforzo attivo che produce frutti.” 1.1.3.
Angela Pontrandolfo
“Eh beh, è importante anche il mio incontro con Alain Schnapp, con gli amici francesi. Risale al 1969. Okay? Erano gli anni in cui si cercavano nuovi percorsi, e abbiamo, come dire, anche loro cominciavano allora. Quindi è stato un rapporto di crescita comune, anche se con strumenti diversi.” 1.1.3
Aucune personne n’est complètement libre de l’influence du contexte culturel de la société avec laquelle elle interagit, ce que notent Paul Cartledge et Mary Beard, par exemple. Nos habitudes visuelles, aussi bien que nos sensibilités, sont formées par les images que nous recevons régulièrement dans le cadre de notre enseignement.
Mary Beard
"I think it’s also actually circumscribed by Western high culture, but that certainly does not work if you go to the Museum of Oriental Art. And I have absolutely no interest in Oriental art, and I have no interest in ethnographic art, whatsoever, because I can’t sense anything, I don’t know how it works.
Some bits of Chinese art I feel like Keith about, they’re either pretty or not. I can say nothing about them, I can’t make any…they don’t fit into any kind of cultural framework. So while I think I’m very broad in terms of my interest in Western art, it really is about European culture as a whole. It’s not about all visual images being interesting". 1.2.4.
“Les traditions académiques, les cultures nationales, les idées politiques ont influencé les lectures des images, toujours, peut-être encore maintenant, probablement. Les Anglais, les Allemands ne lisent pas les images de la même façon. Les traditions académiques aussi, y compris à l’intérieur de la France.” 4.1
John North
"I go and look at images for the same reason that I listen to music, because I enjoy doing that and, well, I suppose that if I were being more cynical, I might say that it is a social activity that people I know and spend my time with also do, and it therefore gives you things that you talk about and things you value and a common culture of reference. And if you were being deeply cynical you would say that it is part of the structure of the dominant, oligarchic elite in using culture as a way of supressing the masses and exploiting them, and maintaining our living style". 1.2.
Paul Cartledge
"Well, one thing that you can’t avoid in a Western, capitalist society is billboard advertising. So inevitably just traveling from London, as I went to school every day you’d see huge [billboards], so that form of persuasion through imagery impressed itself on me very early". 1.2.
Luca Cerchiai
“Per lavorare su un’immagine, devi essere già proiettato verso di essa perché ti interessa approfondirla; ad es., difficilmente potrei lavorare su un sarcofago romano perché mi mancano gli strumenti scientifici, culturali e, per così dire, psicologici. Non saprei da dove cominciare. Pensa a quante immagini ci respingono. Per esempio, quella onnipresente di Berlusconi. Si potrebbe scrivere un bel saggio sull’iconografia di Berlusconi, ma bisognerebbe averne voglia.” 1.2.4
Luca Giuliani
“Penso di sì. È stato decisivo, ma, come detto, il fenomeno delle immagini per me è diventato interessante quando ho capito che le immagini ci dicono qualcosa che le fonti poetiche non ci dicono. Quindi naturalmente, ciònonostante, il fatto di aver seguito l’insegnamento di Schefold, penso che sia stato determinante anche ad un livello subcutaneo.” 1. 1. 2.
Angela Pontrandolfo
“Il mio interesse per l'immagine è entrato mentre facevo la scuola di specializzazione in archeologia ed è entrato perché mi sono trovata a lavorare sulle immagini.” 1.1.2.
Angela Pontrandolfo
“Per me sì, l'immagine è un punto di partenza per una dimostrazione.” 2.2.1.
La sensibilité entre en jeu pour comprendre les images, c’est un moyen de trouver une théorie de l’analyse de l’image et des hypothèses. Même si les chercheurs/euses ont des parcours différents, plusieurs noms reviennent comme Panofsky, Beazley, etc, ce qu’on peut voir en comparant les témoignages de Renaud Robert et de Luca Cerchiai.
François Lissarrague
“Quand Beazley décrit un vase, il le décrit d'un point de vue stylistique pour faire apparaître ce qui est pertinent dans ce qu'il est en train d'essayer de construire. Donc il faut le regarder. Ca m'intéresse, parce que c'est un type de classement dont je crois qu'il est utile et pertinent.” 3.1.5
“L'iconographie telle qu'elle s'est constituée progressivement et telle qu'elle a évolué en particulier à partir des travaux d’Erwin Panofsky dans les années 1930, n'est pas l'aspect du travail sur l'image qui m'intéresse le plus. Je me méfie un peu de l'image transformée en simple rébus dont finalement le seul mode de l'aborder serait d'en décrypter la signification.” 3.1.1
Luca Cerchiai
“La lettura che mi ha formato è stata quella di Panofsky. Poi, per citare due libri che mi colpirono, ricordo lo studio di Settis su La tempesta interpretata. Giorgione, i committenti, il soggetto [Torino, Einaudi 1978] e uno di Gombrich.” 1.1.4
Regarder et lire l’image sont deux choses différentes, la sensibilité n’est alors pas la même (regarder l’image ne veut pas dire qu’on l’analyse). L’iconographie s’apparente à lire un livre comme le dit Frontisi-Ducroux. Gilles Sauron ajoute qu’un texte s’interprète et que ceci peut se faire aussi sur une image.
“Pour moi, il faut qu’il y ait un sens. Les choses qui n’ont pas de sens ne m’intéressent pas. L’iconographie c’est comme d’apprendre à lire un texte, à déchiffrer un texte, à apprendre le grec, à apprendre les conjugaisons, à savoir lire le texte, mais si on ne comprend pas ce qui y est dit, si on n’essaie pas de comprendre l’intérêt de ce texte.“ 3.2.4
“L’analyse d’une image unique pose des problèmes de l'interprétation de son contenu. C’est-à-dire qu’il y a deux types d’image unique. Il y a des images uniques qui sont inscrites, ce qui est généralement le cas dans l’iconographie grecque, dans le quel cas elles ne posent pas trop de problème ; enfin si elles peuvent poser des problèmes d’interprétation mais pas d’identification des personnages. Mais dans un contexte romain, généralement, l’image unique étant muette, elle pose un gros problème d’interprétation.” 2.4.3
Le rapport à l’objet est important quant à la manière dont il se développe dans le quotidien d’un/une chercheur/chercheuse. La perception de l’objet et de l’image semble différer pour certaines personnes, comme Donna Kurtz. Le contact face à l’objet se fera différemment selon la perception et le vécu du chercheur ou de la chercheuse.
Simon Price
"What I’ve always been interested in is the sort of world which is created by objects, and obviously the objects are… – we’re talking about cultural artifacts – so we’re talking about things which are created by people. And some people that are interested in objects are interested in the creative process. I’ve always been into the second stage, which is, what are the consequences of those objects – however they were created, by whomever they were created – on us or on people of any particular time. I’m interested therefore in the ability of objects, images, whatever to influence people, to set up possibilities, constraints, options – not to determine anything – but to influence". 1.2.3
Donna Kurtz
"I think you need to bear in mind that I’m not really an iconographer. I’m an object person. I always start with the object and I want to know what the object is for. And then I move on to the decoration and then I look at the iconography. So I suppose the answer to your question “How did I come to iconography?” is through the object". 1.1.1
Martine Denoyelle
"Je n'avais aucun intérêt spécifique pour l'image. Mais je ne le savais pas. C'est-à-dire que je pense que j'ai découvert l'image en tant qu'objet de réflexion très très tard. J'avais un intérêt par contre pour les œuvres d'art. (...) La seule chose que je pourrais dire à propos de cet intérêt pour la céramique grecque, de ma part, c'était une fascination et pas du tout une approche raisonnée.” 1.1.2
Martine Denoyelle
“Le rapport au vase normalement, est un rapport physique: soit tu fais tourner le vase, soit tu tournes toi-même. Tu te déplaces, c'est comme pour une sculpture. Tu ne peux pas appréhender un vase dans l'immobilité, ce n'est pas comme un tableau.” 3.2.1
Marie-Christine Villanueva-Puig
“Le contact avec l’objet est fondamental, surtout en ce qui concerne les objets antiques, qui ne sont pas toujours dans leur état premier. Il est catastrophique de faire des analyses iconographiques sur du matériel dont on n’a pas assuré l’état. [...] C’est cet aspect de pouvoir toucher les objets, de voir ce qui est repeint. Je crois que c’est indispensable. Je pense que tant qu’on n’a pas une image très physique de l’objet, qu’on n’a pas tourné autour... Non, je ne peux pas étudier un objet sur une photo.“ 2.1.1
Certaines sensibilités se sont développées avec la pratique de l’art, qui permet de s’exprimer et avoir une autre appréciation de l’art. Tous les chercheurs et chercheuses n’ont pas développé leur sensibilité grâce à cela, et leurs réponses concernant leur pratique artistique ont une vraie polarité.
Luca Giuliani
“No. Mi piacerebbe saper disegnare.” 1.2.4
“No, no.’’ 1.2.4
Paolo Moreno
“No, ma adesso proprio assolutamente solo casualmente quando è opportuno nei musei dove non si consente di fotografare, oppure un dettaglio veramente minimo come promemoria. No, non seguo un'attività figurativa.” 1.2.4
John Boardman
"A drawing? Oh yeah, in fact I’m doing now a couple of articles on Tiyla-Tepe, “The Golden Hoard of Bactria”, because when you look at all this gold you can’t see it. It’s too used, so the only way to understand it is to draw it. So I’ve seen lots of gthings by redrawing these and merely by tracing with tracing paper but you have to make up your mind about what is the division between that and that, because some people will say, “oh this is a spirit of Persian type”, and then others will say another thing. If you start setting down and drawing and seeing what it really is, [you see that] it’s not a spirit at all". 1.2.2
Donna Kurtz
We would you like to know more precisely about your relationship with images, do you practice [art]? Such as drawing?
Oh yes, that’s what I did in the art museums as a child, was drawing classes.
And you still do that?
No, but that is probably one of the main ways I got into [iconography]. You should know, I’m dyslexic, and this is always I think very important for people who have a visual side.
Really?
Oh yes, this is well known, because it makes up for their trouble dealing with words on a printed page. But they can often compensate with images, visualizing things. 1.2.1