Un corpus correspond à un ensemble de documents réunis dans l’objectif d’une étude. Il est un objet scientifique qui permet de délimiter le travail du chercheur : le corpus rassemble tous les documents d’étude d’une catégorie donnée et définie par celui qui le compose. Il est donc un outil primordial dans le travail de recherche en histoire de l’art, qu’il soit personnel ou public comme le sont le Corpus Vasorum Antiquorum (CVA) et le  Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), par exemple. En ce qui concerne les corpus publiés en ligne, nous vous invitons à consulter la notion “base de donnée”.

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1. Définition et fonction du corpus dans l’étude des images

Le corpus est l’outil de travail de celui qui étudie un document figuré : il offre l’opportunité de la mise en contexte d’une image qui seule ne permet pas de faire émerger une réflexion. Cependant, tous les chercheurs ne l’utilisent pas et ne l’appréhendent pas de la même manière. La définition de la notion corpus reste différente pour tous ces historiens de l’art. Martine Denoyelle soulève la fonction essentielle du Corpus Vasorum Antiquorum (CVA) dans sa pratique de recherche. François Lissarrague quant à lui, confirme l’idée que le corpus est spécifique au chercheur. De même, Paul Cartledge soulève le fait que les universitaires ont des pratiques et des priorités différentes. Dans ce sens, le corpus est une notion créée par leur propre pratique. In fine, Simon Price soulève la fonction du corpus dans un sens de base de données pratique, et infiniment plaisant pour le lecteur du corpus. Tandis qu’Ida Baldassare évoque un schéma répétitif dont la fonction est clairement définie. 

 

2. Construction du corpus

La construction du corpus constitue une part majeure de l’étude des images. Elle est basée sur une sélection régie par des critères de choix qui sont définis par le chercheur et qui circonscrivent son étude. Le corpus peut être ainsi déterminé par des indices géographiques, temporels, ou encore thématiques. De cette manière, il est pensé différemment par les différents chercheurs, dans leur manière de l’appréhender, de le construire et de le manier.

La période et le lieu de production des images constituent pour François Lissarrague et Irene Bragantini les critères premiers de la construction du corpus. Pour Angela Pontranfoldo, si les indices géographiques et chronologiques sont nécessaires au corpus, c’est l’iconographie qu’elle voit comme l’élément principal de sélection. Paul Cartledge et Paolo Moreno privilégient quant à eux la typologie de l’objet étudié. Cependant, des chercheurs tels que Luca Cerchiai ou  Simon Price définissent les critères de sélection du corpus selon l’objectif de leur recherche; comme l’explique Pascale Linant de Bellefonds, la construction du corpus est intrinsèquement liée à son intention. Cette idée rejoint d’ailleurs celle de Mary Beard pour qui ce sont les critères choisis qui font du corpus un outil intéressant. Par ailleurs, Jas Elsner insiste sur la nécessité même du corpus dans son élaboration et l’idée de lier les images aux textes qui leurs sont associés. 

François Lissarrague souligne aussi l’importance d’expliciter les critères choisis dans la construction du corpus.

 

3.1. Les catalogues publiés et leur utilisation : les catalogues d’images

Un catalogue général se veut le plus exhaustif possible et joue le rôle d’un répertoire de référence. Le LIMC et le CVA sont les catalogues d’images majeurs qui permettent aux antiquisants d’avoir une base de données numérique ou écrite publiée.

En effet, LIMC et le CVA sont des outils utiles pour les historiens de l’art qui, bien qu’en y identifiant des défauts, en ont souvent un usage fréquent. Ces catalogues posent la question de la méthodologie du corpus et la question de la singularité des images au sein de ce corpus. 

Martine Denoyelle montre qu’aucun catalogue n’est meilleur qu’un autre, il faut alors les prendre en compte dans un ensemble, les comparer et les combiner. Luca Giuliani, de son côté, n’apprécie pas de la même façon tous les catalogues et en considère certains comme mauvais tandis que d’autres lui apparaissent excellents.  

Gille Sauron, quant à lui, insiste sur  l’indépendance des images, qui ne doivent pas être toutes comprises et mises en relation notamment avec celles qui sont juxtaposées. 

La plupart considèrent néanmoins que l’utilité des catalogues est indéniable voire indispensable lorsque l’on recherche une image autour d’un thème ou d’une personne. Le panel, non exhaustif, des représentations permet par exemple à John North de faire des comparaisons et d’étudier les différences iconographiques de chaque objet. 

 

3.2. Le Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae

Le Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae est un corpus consacré aux images antiques de figures mythologiques. Ce corpus propose pour chaque personnage divin ou héroïque, la mention des sources littéraires antiques qui l’évoque, un catalogue raisonné des objets antiques sur lesquels il est représenté ainsi qu’un commentaire contemporain à la publication sur l’iconographie présentée. 

Plusieurs des chercheurs interviewés soulignent la méfiance qu’ils ont vis-à-vis des catalogues, de la qualité de l’image et de sa sélection. Parfois certaines pièces ne sont pas représentées en entier ce qui rend l'intelligibilité de l’objet compliquée, c’est notamment ce qu’indique Marie-Christine Villanueva Puig.

Si certains comme Gilles Sauron définissent le LIMC comme un catalogue “modèle”, d'autres, à l’inverse, dénoncent certains problèmes. Renaud Robert insiste sur la proximité des images entre elles, leur disposition et leur mise en relation qui parfois doit être à relativiser et regarder d’un autre angle. 

 

3.3. Le Corpus Vasorum Antiquorum

Le Corpus Vasorum Antiquorum est un projet de recherche mené par l’Union académique internationale depuis 1919, à l’initiative d’Edmond Pottier. Il a pour objectif la publication en catalogues du corpus des vases,  grecs, chypriote, italiote, ibérique ou encore thrace, présents dans les collections des musées. 

Marie-Christine Villanueva-Puig, si elle voit positivement le concept du CVA, note la difficulté à utiliser ses premiers exemplaires et préfère une utilisation matérielle plutôt que numérique. Martine Denoyelle et Mary Beard soulignent la qualité variable des photos proposées par le CVA. François Lissarrague signale à la fois les aspects positif et négatif du CVA en étant optimiste vis-à-vis de sa numérisation. Luca Guiliani défend la qualité des différents CVA et leur amélioration avec le temps. Enfin, Luca Cerachi démontre le caractère indispensable du CVA pour la recherche archéologique.

 

4. Le corpus par rapport à la mise en série

En soi, les deux notions sont extrêmement proches, tout en demeurant différentes. Nous avons pu comprendre que la mise en série d’images permet de mettre en valeur les singularités de chacune d’entre elles et d’occasionner une sorte de dialogue entre elles. Le corpus fait à peu près la même chose. Une série se définit par le rassemblement d’éléments de même nature rangés autour d’un même critère. Ce que l’on peut voir ici, c’est que la question de l’objectif de mise en étude est moins présent dans la mise en série que dans la notion de corpus, ainsi que la réunion des œuvres autour de mêmes critères dans le cadre d’une étude. Cependant, la mise en série peut aussi être vue comme une étape d’élaboration d’un corpus.

Martine Denoyelle souligne le fait que la mise en série sert de référence en vue d’analyse d’une image. François Lissarrague, lui, appuie sur la réception de corpus constitués. Ils diffèrent d’une mise en série car ils sont pensés, organisés et répondent à une catégorisation répondant à des pistes d’étude spécifiques. Pour Gilles Sauron, nous pouvons reprendre sa comparaison chimique, où la mise en série, elle, recontextualise une image parmi ses semblables…

Luca Giuliani interroge sur l’ancrage d’une image dans un groupe, et son insertion peut servir alors de révélateur pour d’autres sujets dudit groupe.

Luca Cerchiai lui insiste sur comment l’analyse et les angles d’étude d’une œuvre dépend de la série dans laquelle elle s’inscrit dans le sens où, le corpus, lui-même constitué selon certaines lignes directrices, indique et guide l’étude du chercheur par l’influence que cela engendre. La singularité se révèle par l’insertion dans le groupe.

 

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