Le contexte est un terme imprécis qui peut revêtir plusieurs significations. Il désigne généralement les circonstances ou les conditions dans lesquelles un fait, un objet ou une action se situe. Il peut se référer à une situation dans le temps ou l’espace comme à différents aspects d’une situation ou d’une civilisation à un moment déterminé. Le contexte peut ainsi être considéré selon un point de vue historique, culturel, philosophique, politique, social, religieux ou archéologique et peut s’étendre à tous les domaines de façon conjointe ou isolée. La constitution et l’analyse d’un contexte doivent permettre une interprétation objective de l’objet étudié et de prévenir le plus possible certains modes de perception subjectifs relatifs à la situation de l’interprète.

La prise en compte des différents points de vue des chercheurs sur l’image permettra d’apprécier dans quelle mesure la compréhension des différents niveaux de contexte est indispensable à la lecture des images.

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1.1. Une reconstitution progressive et indispensable du contexte

Pour tous les chercheurs interviewés, la connaissance du contexte d’une image est indispensable à son interprétation scientifique. Luca Cerchiai, Gilles Sauron, Paolo Moreno et François Lissarrague mettent l’accent sur la nécessité d’une construction progressive de celui-ci. Gilles Sauron prévient à ce titre que les sources ne peuvent être efficacement complémentaires que si elles sont chacune précisément contextualisées. Si Pascale Linant de Bellefonds et Donna Kurtz révèlent qu’une enquête archivistique peut être l’un des moyens de reconstruire un contexte, John North estime qu’elle n’a d’utilité que si l’objet étudié revêt un intérêt majeur et suscite diverses interprétations. Renaud Robert explique, quant à lui, que cet effort de contextualisation, propre aux disciplines iconographique et archéologique est un travail fastidieux qui peut s’avérer rébarbatif pour le grand public.

1.2. La valeur documentaire de l’image dans la construction du contexte

La grande majorité des chercheurs reconnaissent la relation réciproque qu’entretient l’image avec son contexte. C’est le cas de Pascale Linant de Bellefonds, Mary Beard, John North, Simon Price, Paul Cartledge, Luca Giuliani et Paolo Moreno. Angela Pontrandolfo précise que cette relation ne doit pas être considérée comme systématique. Cette réciprocité qui unit l’image à son contexte et le contexte à l’image explique le rôle essentiel des images dans la documentation. Renaud Robert ajoute à cette considération la nécessité de croiser des sources issues du même contexte géographique et historique.

2.1. La pluralité des contextes

Si tous s’accordent à dire que le contexte est indispensable à l’iconographie, Gilles Sauron affirme qu’il n’existe jamais qu’un seul contexte. Cette conviction est partagée par plusieurs des chercheurs interviewés dont Luca Giuliani, qui distingue les différents contextes pouvant être restitués. François Lissarrague évoque ainsi les différences entre les contextes théorique, archéologique, culturel et iconographique. Françoise Frontisi-Ducroux insiste, quant à elle, sur l’importance du contexte anthropologique et sur les contextes de réception, à l’instar de Jas Elsner. Et si Paolo Moreno met l’accent sur l’aspect socio-économique du contexte et de la commande, Angela Pontrandolfo considère que tous les contextes possibles doivent être combinés afin de faire parler l’images.

2.2. La subordination des différents contextes à la problématique scientifique développée sur l’image

La question de la description ou de l’usage de l’image a souvent été jugée comme devant être contextuelle par les chercheurs interviewés. Ils s’accordent majoritairement à dire que la recherche de contextes historiques dépend des questionnements scientifiques d’approche de l’image. Pour Gilles Sauron, elle est soumise à tous les contextes qui entourent l’image. Selon Martine Denoyelle, elle ne peut être objective puisqu’elle est également conditionnée par le contexte dans lequel elle est utilisée. Et c’est en ce sens que Renaud Robert indique que la recherche de contexte est dépendante du discours et de la problématique abordée, ce qui sous-entend donc une forme de hiérarchie des contextes. Luca Giuliani et Martine Denoyelle s’accordent avec cette idée de Renaud Robert puisque si Luca Giuliani affirme que tous les contextes doivent être connus, il reconnaît lui aussi la primauté de certains contextes en fonction du problème posé. Paolo Moreno, au contraire pense qu’il n’existe pas de hiérarchie entre les différentes composantes du contexte d’une image. 

2.3. La prévalence du contexte du support et de la matérialité de l’image

Bien que les chercheurs interviewés insistent sur la nécessité de restituer différents contextes, il y en a un qui est particulièrement abordé par ces derniers - dont Martine Denoyelle - c’est celui du support de la représentation. François Lissarrague fait lui aussi mention du rôle prédominant du support dans l’appréhension de l’image. Le rapport à la matérialité de l’objet est également mentionné dans la mesure où il permet la lecture en séquence des différentes représentations, telles qu’elles sont conditionnées par la forme même du medium. Françoise Frontisi-Ducroux explique que cette donnée doit nécessairement être prise en compte et qu’elle fait partie du contexte. Pascale Linant de Bellefonds admet, elle aussi, que la matérialité et le support de l’objet donnent des informations primordiales à la compréhension de l’image. Elle est suivie par Gilles Sauron, Jas Elsner, Donna Kurtz et John North.

3.1. L’empathie et l’humilité comme conditions préalables à l’interprétation du contexte et de l’objet

Lorsqu’on aborde la restitution du contexte d’un objet ou d’une image, se pose la question de celui qui l’interprète. Pour une interprétation juste, Gilles Sauron préconise de retrouver l’idée simple qui a présidé à la production de l’image. Il affirme qu’il est nécessaire de déconstruire ses préjugés, ses certitudes et les interprétations abusives qu’ils peuvent induire ; l’esprit critique étant pour lui le meilleur allié de l’iconographe. Son point de vue est partagé par Mary Beard. John Boardman mentionne quant à lui l’effort d’empathie qui incombe à l’interprète pour comprendre l’Antiquité.

3.2. Une approche de l’image conditionnée par la spécificité de la période étudiée

Françoise Frontisi-Ducroux, Gilles Sauron, Luca Cerchiai ou encore Renaud Robert considèrent que leur approche de l’image tient aux spécificités de la période qu’ils étudient. Leur méthode iconographique est donc subordonnée au contexte particulier de la période étudiée. Elle permet, selon Robert, de faire émerger un discours spécifique, qui lui est propre et qui n’est pas applicable à d’autres périodes ou espaces géographiques. Si Donna Kurtz appuie ce raisonnement, Martine Denoyelle, au contraire applique volontiers sa méthode à d’autres périodes, favorisant ainsi une pratique originale de l’iconographie.

3.3. L’influence du contexte contemporain sur l’interprète

Enfin, il est un contexte qui n’a pas encore été mentionné, c’est celui de l’interprète, et de ce qui peut l’influencer dans sa compréhension des images. Celui-ci influence forcément celui qui lit les images, selon Simon Price et Françoise Frontisi-Ducroux. Renaud Robert, bien qu’il nuance son propos, met en garde contre la projection de nos propres catégories héritées de la Renaissance sur la période antique. D’autres évoquent les travaux de spécialistes qui les ont influencés dans leur approche : Martine Denoyelle évoque celle de l’historien de l’art John Beazley ou encore de l’archéologue Jean-Marc Moret dans son approche de la céramique.

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