Le terme de "vérité" renvoie à une opinion conforme à ce qui est, et elle est surtout opposée à l’erreur. Ainsi la « vérité » correspond à une espèce de norme partagée par tous, ou bien à une certitude que quelqu’un peut avoir. Bien souvent, nous entendons parler de « la Vérité » ou bien « des vérités ». De fait, même si la vérité peut être une sorte de norme, il n’en est pas moins que celle-ci peut aussi être individuelle. Si nous suivons Luigi Pirandello, alors faudrait-il dire à chacun sa vérité ? Définir la vérité n’est donc pas aussi simple qu’on pourrait le croire. En effet, lorsqu’elle est associée à d’autres termes, alors la vérité peut renvoyer à « la véracité » ou à l'aspect « véritable » d’un travail. C’est par exemple le cas pour « la vérité de l’histoire » qui renvoie à la qualité du travail des historiens et à la fiabilité de leurs sources. C’est d’ailleurs en grande partie cette définition qui nous intéresse ici.
Renaud Robert, Gilles Sauron et Luca Cerchiai s’interrogent sur le terme de « vérité » et sur ce qu’il signifie pour eux en tant que chercheurs. Leurs avis semblent converger car ils associent ce terme à la pratique de la recherche. Ainsi, la « vérité objective » existerait seulement en tant que but vers lequel tendre. Elle motiverait les chercheurs à approfondir et affiner leurs analyses ainsi qu’à partager leurs interprétations.
« Il ne suffit pas d’être un spécialiste des images, doté d’une prétendue méthode universelle d’analyse. Encore faut-il savoir de quoi parlent les images que l’on prétend analyser. Pour la Villa des Mystères, je lis avec curiosité et souvent avec consternation ce qui s’imprime à ce sujet, et, comme toujours, je cherche à approfondir mon analyse. » (5.1.)
Luca Cerchiai May 2003
« L’arbitrarietà fa parte delle regole del gioco, ma bisogna chiarire i presupposti su cui si fonda, i passaggi attraverso cui si dipana, i livelli di interferenza e combinazione su cui si sostiene e, possibilmente, i punti deboli. Dopo di che, si apre il libero confronto delle idee, essendo consapevoli che il fine dello studio non è la scoperta della verità oggettiva ma la discussione delle interpretazioni possibili.» (2.3.3.)
« Cela tient aussi au problème, beaucoup plus large, de la vérité en histoire. C’est-à-dire, effectivement, comme le dit l’autre jour E. Jaccottet, la vérité ou la véracité est sans doute un élément toujours présent dans le discours de l’historien, forcément. […] l'historien peut tenir un discours de vérification mais pas forcément de vérité. Même si, quelque part, la différence entre le discours historique et n’importe quel autre discours fictionnel, c’est qu’il a quand même en ligne de mire quelque chose qu’on appellera vérité ou véracité. » (3.2.3)
« Cela me fait penser au film de Pasolini, Mama Roma. […] Ça s’est très mal passé avec Anna Magnani qui était une actrice selon la tradition : elle avait une certaine véracité et il l’a choisie, elle, plutôt qu’une autre, parce qu'elle arrivait à donner quelque chose qui pouvait donner l’illusion de la réalité, mais qui n’était quand même pas la réalité. » (4.2.)
Au regard du caractère intangible et insaisissable de la vérité, les chercheurs préfèrent parler de la recherche de cette dernière. François Lissarrague estime qu’il faut travailler à la faire apparaître et voit cette recherche comme une construction. Jas Elsner pense que cette recherche aboutit nécessairement à l’interprétation d’un fait historique, qui peut être relié à notre monde contemporain. Luca Cerchiai met en garde contre ce terme de « vérité », car selon lui cette notion est trop vague et il est préférable de décrire un fait historique selon des paramètres définis au préalable.
François Lissarrague November 2002
« La grande affaire des sciences sociales, cet espèce de retour réflexif, le tournant linguistique en histoire, c'est une réflexion sur deux limites extrêmes : Celle du positivisme dit qu’il y a des faits, c'est comme ça, la vérité en histoire c'est ça ; celle d'un relativisme absolu dirait que tout est construit, qu’il n'y a pas de faits […]. Je pense qu'il y a des faits en histoire, qu'il y a une vérité en histoire, mais qu'elle n'est pas donnée toute faite et qu'il faut la travailler et que ce n'est pas parce qu'on la travaille qu'elle n'existe pas ; c'est une construction qu'on fait apparaître. » (3.2.1)
John North December 2002
« I don’t really have much faith at the moment that you can study images and then work to some sort of a religious truth, but you can use all the material that you’ve got, including images, and then work to some sort of understanding» (1.1.4.)
Luca Cerchiai May 2003
« In breve, penso che il metodo dovrebbe servire a chiarire quale sia lo statuto dell’immagine e il contributo di chi la legge nell’attuare le sue potenzialità significative. La garanzia per convalidare il valore scientifico della lettura dell’immaginario risiede non tanto nel risultato quanto nell’impalcatura logica su cui si sostiene. Il valore di un risultato non dipende dal grado di ‘verità’ – nozione del tutto critica da un punto di vista scientifico - ma dalla sua soglia di verifica, dalla possibilità di ‘misurarlo’ e descriverlo attraverso parametri non ambigui. » (4.2.)
Paolo Moreno March 2010
« […] quindi un'opera che in qualunque manuale viene datata sulla metà del IV, io metto, un po' arbitrariamente appunto, circa 350, oppure 360, 340, secondo la mia personale verità, mettendo il circa naturalmente. Però questo fatto di fare i lavori cronologici, ovviamente lo condivido, anche perché studiare un artista è sempre studiare una generazione. » (2. 2. 4.)
John Boardman nous met face à notre responsabilité lorsque l’on observe une image : est-ce qu’on est familier avec son contexte social et historique ? Ces facteurs sont déterminants pour établir le « degré de vérité » de l’image, car ils permettent d’établir des liens entre les images et de les mettre en perspective avec d’autres corpus. Jas Elsner nous rappelle que les images sont des supports pour étudier une façon dont la « vérité » a déjà été interprétée par les artistes précédents et que c’est précisément la manière dont cette réalité a été propagée, exprimée, expérimentée qui l’intéresse. Ainsi, il rappelle que la dimension visuelle d’une image comporte des limites que le langage, lui, est en mesure de dépasser grâce à son dispositif de règles rhétoriques et épistémologiques assez logiques.
John Boardman June 2002
«But the degree of truth in that is very difficult to challenge. Is it vitally important every time you see a picture of so and so, were you reminded of the political and social background to it, or was it just another picture of so and so? » (2.4.3.)
« […] Mi sollecita vedere come un'esperienza, che io posso fare adesso, possa essermi utile nell'affrontare uno studio di un mondo passato. E forse perché io confronto questa esperienza con quello mi evita certi errori. Se tu lo fai coscientemente e dici: “ io oggi, nel 2009, ho un occhio che l'altro non aveva”, allora vediamo, o perlomeno accettiamo, di non potere arrivare alla verità totale. » (1.2.6.)
Jas Elsner December 2002
«We are not studying reality, when we are studying images. In that sense, you are studying a way in which reality has been propagated, expressed, played with, interpreted, in a visual dimension, which doesn't belong to the same logical, epistemological or rhetorical dimension as prose» (3.3.0.)
«Au bout d’un certain temps, on peut avoir tellement de doute sur la véracité de la représentation, qu'on va se dire que c’est très intéressant de voir comment on percevait une image antique au XVIIIe siècle ; il n’est pas sûr, effectivement que ce soit d’un grand secours pour l’archéologue, qui veut savoir exactement comment était la paroi qui maintenant n’a plus de peinture, dont il n’a vu que des petits bouts. » (3.2.3)
Une image peut être interprétée de multiples manières. En fonction du domaine d’expertise de l’interprète, les techniques et les approches varient. Comme le propose Renaud Robert, un archéologue n’aura pas la même utilité d’une comparaison historique avec une image, qui n’est plus, qu’un simple historien de l’art par exemple. Il faut également se méfier de la « vérité historique », c’est-à-dire de l’interprétation élevée au rang de vérité. De fait, d’après Jas Elsner, nous ne pouvons proposer qu’un cadre d’interprétation, cadre dans lequel peut se trouver une part de vérité, mais rien n’est jamais certain.
Jas Elsner December 2002
«The best book of the last half century is probably Zanker's Augustus: it is clearly an engagement with Nazi Germany as seen from the perspective of someone who was a child in that era, translated into Augustan Rome. That is why it is such a good book. Of course it is wrong: you can't do that and come up with a historical truth (if such a thing exists) – what you offer is a proposition about an interpretative frame, but it is for our time, and that’s what makes it such a good book» (3.4.3)
«Au bout d’un certain temps, on peut avoir tellement de doute sur la véracité de la représentation, qu'on va se dire que c’est très intéressant de voir comment on percevait une image antique au XVIIIe siècle ; il n’est pas sûr, effectivement que ce soit d’un grand secours pour l’archéologue, qui veut savoir exactement comment était la paroi qui maintenant n’a plus de peinture, dont il n’a vu que des petits bouts. » (3.2.3)
Jas Elsner December 2002
« Images are obviously a prime source, but a text can be an equally valid source. But it’s more difficult to interpret. They’ve both got to be interpreted, because the physical image has already been interpreted by an artist. He’s turned it into two dimensions on a vase and left out everything else. A text has to be interpreted because it might be written by somebody like Dr. X who can’t see, who got it wrong, or it’s got some other sort of agenda, it’s got some other motive in describing something or mentioning something. You’ve got to get behind the artist, if possible, you’ve got to get to the artist, in other words, whether it’s writing or drawing. » (3.1.1.)
Prise hors contexte, une image peut avoir un tout autre sens que si elle était placée dans son contexte originel. Selon Gilles Sauron, donner du sens à une image unique serait « entrer dans une logique de composition » c’est-à-dire faire des suppositions et des théories. De plus, selon Jas Elsner, il ne suffit pas d’analyser une image pour en comprendre le sens, il faut aussi essayer de se mettre à la place de l’auteur et essayer de définir ce qu’il a essayé de partager. Ainsi, il faut donc prêter une grande attention au contexte dans lequel a été réalisée l’image mais également à l’auteur de l’image afin d’éviter les contresens, les interprétations erronées ou les oublis liés au manque de contexte.
«Il y a des images uniques qui sont inscrites, ce qui est généralement le cas dans l’iconographie grecque, dans lequel cas elles ne posent pas trop de problème ; enfin si, elles peuvent poser des problèmes d’interprétation, mais pas d’identification des personnages. Mais dans un contexte romain, généralement, l’image unique étant muette, elle pose un gros problème d’interprétation. […] J’ai beaucoup travaillé sur la fresque de la Villa des Mystères et là ce sont les contextes qui, à mon avis, permettent d’interpréter. Mais c’est quasiment impossible de donner une interprétation si on isole complètement une scène unique. Au mieux, on peut faire une description très rigoureuse ; interpréter, non. Cela suppose d’entrer dans une logique, une logique de composition. » (2.4.3.)
Jas Elsner December 2002
« Question: What traditions were important for you?
I think they are all important, but they all have to be interpreted. It has all to do with the fact that you don't look innocently. No eyes are innocent. Any question is loaded with the history of loading, and so we can have heroes and enemies in the story, but those heroes and enemies depend of our own investment. » (3.4.2)
Jas Elsner December 2002
« Question: How do you speak of your images? When you write a paper can an image have the same value as an argument?
« Yes, but as I said, it has to be interpreted in terms of whoever made the image. The image in itself is a fact. It’s there, it’s visible, it is a fact. But what it tells you, you have to interpret and the interpretation has to take in not only your own understanding of it but what you can try to understand of the man who made it. » (3.1.2.)
L’interprétation est un travail subtil qui demande d’être clair et précis, dans la méthode, mais aussi dans ce que l’on avance. D’après Gilles Sauron, il faudrait donc aller au plus simple et au plus limpide pour espérer proposer une interprétation juste. Également, en plus de la recherche de simplicité et de clarté, il faut s’attacher à montrer une certaine cohérence entre son interprétation, le sujet qu’elle concerne et le champ de la recherche duquel elle dépend. Ainsi, selon Jas Elsner, certains sujets ne peuvent avoir de sens que lorsqu’ils sont mis en perspective avec l’histoire nationale du pays de l’interprète.
« L’interprétation est un problème extrêmement compliqué. Beaucoup de gens croient interpréter mais ils n'interprètent pas, ils ne se contentent même pas de faire des hypothèses, de simples propositions, pour établir par exemple une logique entre des images. Je crois que l’interprétation, c’est très compliqué, parce qu'il faut remonter à la simplicité d’une idée qui en réalité éclaire la totalité et tous les détails qu’on veut. Donc c’est très compliqué. Toute interprétation embrouillée, complexe a beaucoup de chance d’être fausse. »(2.4.3.)
Jas Elsner December 2002
« Question: We can notice that academic traditions, national cultures or political ideas have influence on the way images are read. Which ones seem still to matter?
They all matter. If you think, yesterday we had a lecture here by Colonna who is a student of Pallottino: but who cares about the Etruscans nowadays? If you ask it in another way: this subject cannot be imagined without deep national and cultural histories that ran to the 19th c. and 20th c. at least. That is not to say that the subject isn't relevant today. » (3.4.2.)
« Domanda: Ma questo è il problema della norma nell'interpretare, nel descrivere il documento, però che è anche utile per diffondere…
Lo so che è utile però siamo noi che vogliamo valutare tutto […]. Perché l'oggetto computer ti aiuta solo se si ripetono tutte uguali le cose. Però nella descrizione […] di una tomba tu già hai individuato le pareti, parte bassa della parete, fregio […]. Queste sono norme. All'interno della descrizione lasci un pochino più di libertà perché non puoi normalizzare tutto » (1.1.5.)