Les images peuvent être étudiées et analysées de plusieurs façons, d’un point de vue artistique, par exemple, mais aussi pour son aspect historique, qu’il s’agisse de l’histoire évènementielle ou culturelle. Dans ce cas, elles n’ont pas forcément de valeur artistique ; elles peuvent servir uniquement à documenter une période, un évènement, ou à fournir des renseignements sur des comportements et des pratiques. L’étude de la valeur historique d’une image nécessite une analyse du contexte qui entoure la création de l’image, plutôt que l’analyse de l’image par rapport aux autres.
Peu des chercheurs interviewés ici sont de purs historiens, pourtant, pour la plupart d’entre eux, l’histoire et l’iconographie sont indissociables l’une de l’autre : l’historien a besoin des images et l’iconographe a besoin d’un contexte historique.
Certains chercheurs interviewés évoquent une opposition entre historiens et spécialistes de l’image. Qu’ils soient intéressés ou non par l’image, cette opposition existe et est parfois un obstacle aux recherches.
Angela Pontrandolfo June 2003
“Non c'è un valore storico dell'immagine. L'immagine è uno degli elementi che concorre a comprendere dei processi mentali propri di una fase storica. Poi il valore storico dell'immagine fa parte della storia degli studi, che è un'altra cosa secondo me.”3. 3. 1.
John North December 2002
John North :
« There’s a tendency to split off people who write about images, and do nothing but write about images, from people who write about history generally. » 3.3.1
« Il faudrait aussi que les historiens d’art soient des historiens, que ceux qui travaillent les images fassent de l’histoire, il ne suffit pas de travailler uniquement les images. »
« […] C’est pour ça, en fait, qu’on travaille sur Athènes. Moi parce que je trouve que les vases sont beaux, mais les historiens parce que c’est sûr Athènes qu’on a le plus de documents, beaucoup plus que dans l’autres cités grecques. Donc c’est le contexte historique, culturel, je vais dire le contexte anthropologique. »3.2.3
Question : « Quel type d'informations l'image apporte-t-elle à l'historien ? »
« A mon avis, c'est très variable. Si je prends l'ara Pacis, c'est un témoignage original et où forcément se concentrent des intentions très précises d'un pouvoir politique. Et donc l'historien est obligé de passer par là. C'est pour lui un document très inhabituel parce que ce n'est pas un document écrit mais c'est un document qui a la vertu d'être une expression directe sans médiation d'historiens anciens qui auraient pu déformer les propos. On est en face d'un document original et donc l'historien est forcé de s'intéresser à nous, pour une fois, et de nous demander des détails. » 3.2.3.
Certains chercheurs pensent que l’iconographie permet de faire de l’anthropologie. Les images nous amènent à réfléchir sur l’aspect culturel plutôt qu’évènementiel de l’histoire, et les historiens ne s’en rendent pas forcément compte.
François Lissarrague November 2002
« L’iconographie n'est qu'un stade et ce n'est pas le but. Que ce à quoi on s'intéresse, c'est anthropologie et image et ça veut dire place des images dans la culture et position de la culture dans les images »
« Mais il vrai qu'il y a encore beaucoup d'historiens qui ne partent pas de là, parce que ce n'est pas leur formation. » 3.2.3
« Elle (l’image) apporte à l’historien des informations sur, ce que j’appelle l’imaginaire, sur ce que les Athéniens avaient dans la tête, et c’est fondamental, sur la culture, la culture matérielle beaucoup bien sûr. » 3.2.3
La plupart des chercheurs interviewés sont d’accord pour dire que le contexte historique est important dans l’étude des images ; il y a un rapport réciproque entre les deux. Pour eux, on ne peut donc pas étudier une image en se contentant de faire de l’iconographie, c’est-à-dire analyser l’image en fonction de toutes celles qui lui ressemblent. Il faut des connaissances dans d’autres disciplines pour étudier l’image en fonction du contexte qui entoure sa création.
Luca Cerchiai
“[…] È essenziale collegare l’immagine al suo contesto di consumo per capire la logica della sua funzionalizzazione” 3.2.1
“Dal punto di vista della storia culturale [l’immagine] può fornire un apporto particolarmente rilevante, al pari di un testo scritto, perché consente di mettere a fuoco codici e meccanismi di comunicazione di una comunità antica.” 3.2.3
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« C’est important de replacer l’image [dans son contexte]. C’est le défaut que l’on peut trouver au LIMC ; mais en même temps, il a été conçu comme un outil. Parfois, pour certains commentaires, pour certains articles, manque de contexte historique. » 3.1.1
« Le minimum c’est de replacer l’image dans le contexte dans lequel elle a été créée. Parfois on s’interroge sur une image étrange mais il pourrait suffire du contexte pour trouver une explication à l’étrangeté qu’on lui trouve. » 3.2.1
Paolo Moreno March 2010
“[Il contesto è] assolutamente fondamentale. Cioè non esiste un'immagine che si possa affrontare senza un contesto, anche se non ci arriva questo contesto, va ricostruito in qualche modo. E quello che poi spiega la nascita dell'immagine e quindi, […] mi pare proprio evidente. Facciamo delle scienze storiche, quindi una scienza storica ha l'immagine tra i documenti con altri documenti e quindi vanno visti in parallelo, in sintesi, in rapporto.” 3.3.2.
Irene Bragantini March 2011
“ho scelto poi un percorso in cui ho cercato ogni volta di precisare le condizioni storiche in cui si creava una certa immagine.” 1. 1. 1
Certains chercheurs pensent qu’il n’existe pas un, mais plusieurs contextes autour d’une image, et qu’ils sont tous essentiels à connaître pour pouvoir étudier cette image. Les disciplines doivent donc nécessairement se croiser.
Luca Giuliani December 2012
“Spesso si dice che il vaso ha UN contesto. Naturalmente non è vero. Il vaso ha innumerevoli contesti. […] E bisogna conoscere, secondo me, tutti i contesti.” 3. 3. 2.
« Le contexte est essentiel, mais à mon avis, il n'y a jamais un contexte, il y a toujours plusieurs contextes. […] Il y a beaucoup de contextes qu'il faut essayer de resituer. » 3.2.1
« Mon approche est très simple : partir du document, revenir toujours au document, à son contexte, c'est-à-dire la composition et autres, s'appuyer uniquement sur ce qui est et ne jamais détruire le singulier par des rapprochements abusifs ou par des condamnations »3.2.4
Jas Elsner December 2002
« In general, images are rising, their currency is rising as History becomes a little less concerned with facts; it becomes a little wiser to the fact that there are answers in material culture and visual culture that lie beyond the strict evidence of documentary texts. » 3.3.1
« All contexts are crucial. » 3.3.2
« Il y a deux choses. Tout d'abord, le contexte pour nous : comment connaissons-nous cette image ? […] Après, le contexte de l'image au temps où elle a été produite et regardée. Cela me paraît absolument nécessaire. Et c'est là que, quelque fois, précisément, les historiens purs et durs s'en méfient toujours beaucoup, mais ils ne tiennent pas suffisamment compte de la nature du support de l'image en question. » 3.2.1
Paul Cartledge December 2002
« Well that’s again going back to a semantic point- the images are themselves, they form a context. But yes, as an historian, which I primarily am, I find it essential to locate an image in its lived context, that is its original, experienced context, or contexts. » 3.2.1