La société désigne l’ensemble des êtres humains vivant dans un groupe organisé, réunis par une activité ou des intérêts communs. C’est un état de vie collective caractérisé par ses institutions et ses règles, des rapports durables et organisés existant entre chaque individu. Ce mode d’existence caractérisé par la vie en groupe permet le développement de la culture et de la civilisation. Sur cette question, les historiens, les historiens de l'art et les archéologues, qui travaillent sur les sociétés antiques, ont pu emprunter leurs outils d'analyse à la discipline de la sociologie. Rappelons enfin que dans les années 70, les approches marxistes ont particulièrement pesées sur les travaux sociologiques.
Le rapport à l’image n’est pas le même dans notre société que dans les sociétés antiques. En effet, l’image n’est pas utilisée de la même façon. Les chercheurs interviewés font tous très attention aux sociétés contemporaines des œuvres, objets, images, qu’ils étudient. Le fonctionnement de la société antique est alors pris en compte. Ils se demandent d'autre part si les images ont un impact sur les sociétés du passé et du présent.
L’image a une place certaine dans la société contemporaine. Néanmoins, les avis divergent sur son rôle et son pouvoir sur cette société.
Gilles Sauron, Renaud Robert, Françoise Frontisi-Ducroux, Pascale Linant de Bellefonds parlent de la prépondérance de l’image, notamment à travers la publicité, le cinéma ou encore la politique. L’image se trouve ainsi imposée à la société contemporaine. Martine Denoyelle parle de manipulation des images, tout comme Luca Guiliani qui affirme que l’image est présente en trop grand nombre, ce qui empêche de tout voir. Cette idée de la surabondance des images est, pour Mary Beard et Donna Kurtz, importante : les images évoluent avec la société et par leur forte présence permettent de comprendre la culture contemporaine.
« Dans notre société actuelle, il y a une prépondérance de l'image publicitaire, qui est une manière de s'imposer au regard et à la mémoire des gens. Mais évidemment ce ne sont pas tellement ces images-là qui m'intéressent d'autant que les procédés sont assez primaires, assez peu sophistiqués, mais certains aspects de la culture antique, les croyances et aussi les modes d’expression qui les exprimaient, les valeurs des groupes sociaux. L’image contemporaine m’intéresse aussi, mais surtout les nouveaux modes d’expression qu’elle utilise. » 1.2.3
Question : « Croyez-vous que les images ont un pouvoir (pour vous/ dans nos sociétés contemporaines) ? »
« Oui, complètement, mais je ne sais pas ce qui est de l’ordre du personnel ou de l’acquis par culture. J’ai toujours eu le sentiment, dès le début, lorsque je me suis intéressé à l’image, que le regard, l’œil, était le premier des sens. […] Je pense que c’est vraiment trivial de le dire mais nos sociétés multiplient l’image. […] L’usage politique chez nous est relativement modéré mais la société fait passer beaucoup de choses par l’image, même si l’image, de nos jours, tend à se confondre avec la réalité parce que c’est l’image de cinéma, de télévision et que l’on peut croire que c’est la réalité. En fait, ce n’est pas tellement la réalité qui nous frappe que l’image que l’on en donne. Il est plus difficile de prendre ses distances par rapport à l’image, surtout avec la photographie ou le cinéma car l’image semble se superposer à la réalité, plus difficile qu’avec tout autre mode de communication. » 1.2.3
Martine Denoyelle April 2010
« Dans nos sociétés contemporaines, l'image c'est tout. C'est quelque chose qu'il faut combattre. Je crois que c'est un danger. C'est plus qu'un pouvoir, parce qu'il y a une force de manipulation. On peut y insérer ce qu'on veut, de manière cryptée. Et puis s'en servir comme on veut. » 1.2.3
« Oui, un pouvoir terrible, énorme. Pour nos sociétés contemporaines, il est même effrayant et absolu. C’est un pouvoir politique et idéologique. » 1.2.3
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Oui, incontestablement, elles [les images] ont un pouvoir. Et en particulier celles qu'on voit à la télévision. Je pense que cela a changé beaucoup de choses au cours des 30 dernières années. Il me semble que par le biais de la télévision, l'impact des images est beaucoup plus fort. » 1.2.3
Mary Beard December 2002
« Question : Well, so the following section is on the reasons you are interested in images. So how do you explain your interest in images ? Is it a choice due to a personal interest visuals or to the importance of images in our society, or other reasons ? »
« You can’t understand any culture if you only looked at one part of its cultural production. [...] It’s about things and things that you see and look at being important to understanding culture » 1.1.4
Donna Kurtz August 2003
« Question : Do you think that nowadays people are more open to visuals ? »
« People are more open to images because of the society we live in. People read less and less and it’s computers and computer games and cinemas and I think that the image is probably much more important than it was. » 4.4
Luca Giuliani December 2010
« Trovo che il ruolo dell’immagine nella società attuale è piuttosto controproducente, perché noi siamo perennemente esposti a delle immagini che però non guardiamo. Quindi, questo è stato piuttosto un antifenomeno. » 1.2.1
Pour François Lissarrague et Angela Pontrandolfo l’image n’est pas le reflet de la société, cette dernière utilisant l’image comme moyen d’expression. Elle permet ainsi de comprendre aujourd’hui une société antique.
François Lissarrague June 2010
« Les images ne sont pas le reflet de la société. Elles sont une expression, elles sont déjà à l'intérieur de la société. Nous publions une série avec Jean-Claude Schmitt, Le Temps des Images sur ce sujet. Il y a un livre de Peter Burke, Eyewitnessing, qui est un livre de synthèse sur l'usage des images en histoire. » 3.2.3
Angela Pontrandolfo June 2003
« Per me le immagini sono come le fonti scritte, sono la stessa cosa. Sono il livello più alto di una società a secondo dei momenti. E l'espressione di una società di cui non abbiamo i testi scritti. » 2.2.4
Il y a un certain accord pour dire que chaque œuvre, chaque objet créé à une période a certaines significations qui sont différentes voire contradictoires avec notre société actuelle. John Boardman rappelle même que notre but est de comprendre au mieux ces objets au moment de leur création.
« Dans une société donnée, on fabrique des objets de fiction, qu’ils soient des images ou des textes. » 1.1.3
John Boardman December 2002
« And you can assume that what he [the viewer] gets out of it is what the artist put into it, but we can’t even be sure about that. And out of that context and the period in which it was made, anything can happen. I mean if you look at the Parthenon sculptures a hundred years later, they mean something totally different to what they meant when they were put up. What we should try to understand is what they meant when they were put up. » 3.2.1
« Le public d'aujourd'hui revendique un point de vue de consommateur d’œuvres d’art, c'est une position actuelle, contemporaine, qui en réalité, est en contradiction complète avec la société qui a fait naître ces objets. » 4.3
Angela Pontrandolfo June 2003
« Questo mi fa soffrire perché un vaso apulo può essere altro ma comunque è informato da una tradizione culturale, che si può essere, […] la società è una realtà in divenire. » 4.4
Selon des chercheurs comme Renaud Robert ou Marie-Christine Villanueva-Puig, il faut toujours étudier les civilisations, qu’elles soient passées ou présentes, grâce à des documents qui leur sont contemporains et, surtout, toujours les lier à leur société d’origine.
« Une professeur en prépa Hypokhâgne nous a fait lire Vernant, Detienne, Hartog. Je voyais que l’évolution de l’ethnologie et l’anthropologie ne semblait pas intégrer l’histoire. La démarche des gens comme Lévi-Strauss m’a toujours un peu choqué, le côté « savant de cabinet », c'est-à-dire des gens qui font peu de terrain. Ils travaillaient sur une documentation devenue historique des civilisations extra-européennes. En fait, Lévi-Strauss a travaillé essentiellement sur des documents de voyageurs anciens, c'est-à-dire qui ne représentaient plus l’état des sociétés actuelles. Je me suis dit que finalement l’ethnologie, c’est de l’histoire. […] Soit on travaille sur le passé, avec des sociétés qui n’ont pas d’écriture mais des documents anciens d’un autre type donc sur un état ancien de leurs civilisations, soit on fait de l’histoire contemporaine, de la sociologie et on prend en compte le fait que ces sociétés ne sont plus ce qu’en décrivent les ethnologues. Tant qu’à avoir un regard anthropologique sur nos sociétés, allons voir carrément une société du passé. » 1.1.3
Marie-Christine Villanueva-Puig January 2011
« Je pense que mon travail est de décrypter patiemment et de voir le sens précis à une époque donnée. C’est donc un travail en prise avec la société. On ne peut pas étudier une société ancienne sans leur faire une place. » 3.2.1