Les images font naître une pluralité de récits car celles-ci relèvent par excellence de l'interprétation. L'image porte en soi le récit de l'époque qui l'a vu naître et c'est le travail de l'historien de l'art que de retrouver ce récit socio-culturel (1). L'image est aussi porteuse d'un récit unique et subjectif, celui de son créateur (2). Si sa force évocatrice lui confère parfois une force argumentative considérable, il faut cependant se méfier du pouvoir des images : qui trouve une bonne image peut se passer de mots (3). L'image et les mots entretiennent un rapport privilégié car, avant tout, c'est en mots que le chercheur ou le spectateur interprètent une image et tentent de formuler le récit originel dont celle-ci est porteuse. Le passage des mots à l'image et de l'image aux mots s'avère périlleux, et il peut arriver que quelque chose se perde, se crée ou même que tout se transforme (4). Enfin, nos vies se construisent autour d’images et maintes fois celles-ci peuvent être le point de départ d'un récit personnel faisant émerger les souvenirs à la manière d'une madeleine de Proust (5).

 

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1. L’image comme récit culturel, politique et social

Selon Mary Beard l'étude des textes ne saurait faire accéder à la culture antique et les images sont aussi parlantes que les textes. Le contexte social et politique qui entoure l'image est un point crucial de sa compréhension pour John Boardman. C'est ce que François Lissarrague appelle l’« anthropologie de l'image ». Le travail de l'historien de l'art est de retrouver le récit dont l'image est l'achèvement mais aussi les récits subjectifs que sa contemplation faisait naître chez les spectateurs contemporains de sa création et donc, d'accéder à l'imaginaire d'une personne et d'une culture nous dit Françoise Frontisi-Ducroux : l'image est un récit, l'image « est un discours. »

2. L’image comme récit d’un artiste-narrateur

Selon John Boardman, lire une image, c'est chercher à lire dans l'esprit de celui qui l'a crée : l'artiste. L'image est un fait qui ne saurait être interprété sans cette clavis interpretandi qu'est la personnalité de l'artiste. Pour Luca Giuliani, l'image est un rejet, une opposition aux formes déjà existantes et c'est ce rejet qui individualise le récit du créateur, de l'artiste-narrateur.

3. L’image, un récit comme support d’un discours argumentatif ?

Pour Jas Elsner, les images sont silencieuses et nous pouvons leur faire dire ce que nous voulons. Il faut donc qu'elle soit le point de départ d'un argument et non l'argument en lui-même. François Lissarrague partage ce point de vue et se refuse à voir le discours que porte l'image comme l'illustration d'un discours argumentatif. De même, Luca Cerchiai ne voit pas en l'image une illustration : l'image est avant tout un discours. Mais Renaud Robert nous rappelle que ce discours n'est pas un texte car une image porte un discours qui n'est pas de même nature que le texte.

4. La relation entre les images et le texte : les différentes thèses

Mary Beard souligne le rapport étroit entre textes et images : il ne saurait y avoir de sciences écrites en images ; ceci posé, l'histoire de l'art est une conversion d'images en mots. Pour Paul Cartledge, l'image est un récit mais qui ne peut pas toujours être mis en mots et il existe une réelle frustration en l'absence de texte à se trouver dans l'incapacité de faire parler une image. Martine Denoyelle avance que ce récit textuel dont serait porteur l'image n'est accessible au spectateur que par l'aide de l'historien de l'art mais insiste sur le caractère subjectif de toute description. Françoise Frontisi-Ducroux présente même l'iconographie comme l'apprentissage du déchiffrage d'un texte. Simon Price relève que le texte né de l'image peut être de formes diverses : il peut être un exercice de style littéraire (ekphrasis) ou bien un outil pratique à l'intention de la science.

Pascale Linant de Bellefonds et Renaud Robert insistent quant à eux sur la relation entre l'image et les textes, non pas le « texte » que porte l'image mais les textes littéraires qui lui sont contemporains.

5. L’image à l’origine du récit du chercheur

Les chercheurs en iconographie ne sont pas tous collectionneurs des objets qu'ils étudient mais souvent, un objet peut être l'occasion d'un récit personnel, en dehors de toute préoccupation académique et ce récit n'est autre qu'un fragment de vie.

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