À notre époque, la photographie et la recherche vont souvent de pair. Concernant l’étude de l’antiquité et les fouilles archéologiques, photographier les objets peut soutenir la recherche pour plusieurs raisons : pour Renaud Robert, la photographie aide la recherche grâce à ses techniques avancées comme l’utilisation de l’ultraviolet, qui permet de voir ce que l’Homme ne voit pas à l’œil nu. Mary Beard de son côté trouve la photographie intéressante car elle offre différents angles de vue d’une même œuvre et enrichit l’analyse.
« Récemment j’ai travaillé sur des bouts de peinture et je me suis aperçu que, sur les photographies, on voit des choses que l’on ne voit pas sur le support, à l’œil nu. » 2.2.2
« Des photographies de différentes époques documentant une éventuelle dégradation de l’objet, et éventuellement des photographies avec des moyens spécifiques, type ultra-violet qui font ressortir des éléments qui n’apparaissent pas à l’œil nu. Là, on peut réellement constituer un apparat critique. » 2.3.1
Mary Beard December 2002
« Images and their reproductions are often quite different ways of seeing themselves, and it’s good that different sorts of reproductions give you a different impression, because it enables you to approach the image more complexly. So the fact that photographs do look different than drawings is really interesting. » 2.2.1
Martine Denoyelle April 2010
« Il y a des photos qui transmettent assez clairement des preuves ou des indices qui peuvent être utilisés dans le cas d'une démonstration. » 2.1.1
John North December 2002
« So all modern evidence in that sense becomes vulnerable, so yes, I mean in a way, it’s always going to be true that old-fashioned photographs are going to be better evidence, because you know they haven’t been tampered with. Well, they can be tampered with of course, but not nearly as easily, and not as sophisticatedly. » 2.2.2
La photographie a un rôle clé dans les publications. Lorsque nous lisons un ouvrage qui traite de l’iconographie, il est essentiel d’y voir des images. Grâce à ces dernières, le texte devient plus compréhensible et permet au lecteur d’avoir immédiatement sous les yeux la photographie illustrant ce qu’il lit.
« […] Je suis totalement hostile en matière d’images à mettre un dessin quand il existe une photographie. Le dessin ne se comprend que pour l’architecture, que pour compléter un objet. Un dessin est déjà une interprétation qui reprend l’objet pour le compléter quand l’objet est mutilé. Quand il y a une photographie, il faut déjà donner une image de l’objet tel quel, la plus « objective possible » sachant qu’une photographie est toujours un point de vue. » 2.2.1
« Je passe beaucoup de temps sur la présentation des objets antiques avec un recours à toutes sortes de méthodes : les dessins, les photographies avec des perspectives précises et autre, ou le travail sur une image pour faire ressortir des détails. » 2.2.2
Dans le cadre d’une étude d’œuvre ou d’une publication scientifique, les photographies sont importantes pour illustrer les textes. Cependant, la question des droits d’images est souvent un frein à la recherche, par le prix élevé des photographies et la difficulté d’en trouver de qualité. À titre d’exemple, Jas Elsner raconte que dans sa contribution à l’ouvrage Saisir l’Antique, il dépensa 400 livres sterling pour seulement neuf photographies. Quant à Renaud Robert, il pense que les photographies devraient être faciles d’accès et gratuites.
Jas Elsner
« Most images you get are crap, you rely on stupid picture libraries, you rely on friends as much as you can. You lose time and money. For my piece in a book published between Oxford and Brussels, Saisir l'Antique, it cost £ 400 for nine photographs. Fortunately I didn't pay, but nevertheless…. Still, the internet in the form of flickr.com and the move towards public domain images and by museums like the British Museum to make them free to scholars may change things. » (2.3.1.)
« Les musées étant dans la majorité des cas des institutions publiques, soit d’État ou de municipalités, quand il s’agit de photographies destinées à la recherche, elles devraient être gratuites. Je n’ai aucune solution pour sortir des droits, si ce n’est de sortir de l’absurdité. » 2.2.3
Bien que la photographie soit intéressante du point de vue de l’étude de l’œuvre et dans le cadre d’une publication scientifique, elle peut aussi se révéler insuffisante pour certains chercheurs. « Viens et vois » disait Wincklemann en faisant référence aux Évangiles. C’était avant l’invention de la photographie, mais cela nous permet d’en comprendre les limites. Comme le dit Renaud Robert en prenant l’exemple du Sarcophage d’Alexandre à Istanbul, la photographie n’a rien à voir avec le monument, par sa monumentalité. À nouveau, selon le même chercheur, il vaut mieux voir l’objet en vrai pour voir l’effet sur le spectateur, pour pouvoir l’étudier dans son entièreté. Selon Pascale Linant de Bellefonds, une photographie, une image peut changer en fonction de la lumière, des ombres, de sa prise de vue. Tous ces éléments ne permettent pas de se fier totalement à la photographie. En somme, la photographie ne montre pas tout, elle est subjective. Pour Luca Cerchiai, elle est utile pour la documentation générale mais n’est pas efficace pour étudier les détails, les particularités.
« (…) Le Sarcophage d’Alexandre à Istanbul. On a beau le voir en photographie, cela n’a absolument rien à voir avec le sentiment que l’on a quand on le voit en vrai, parce qu’il y a une monumentalité, liée à la taille, à la proportion des différentes parties entre elles, qu’aucune photographie ne peut restituer. L’impression de monument, qui fait comprendre pourquoi c’est un sarcophage royal, on ne l’a qu’en voyant l’objet." (2.1.1)
Luca Cerchiai May 2003
Question :« Le fotografie invece no? Sempre per documentare?
« Sono indubbiamente utili, ma, secondo me, è meglio disegnare perché si esercita l’occhio in modo più attivo. » 1.1.2
« La fotografia costituisce una documentazione di base, ma non è sempre utile a identificare immediatamente i particolari. Anche se è banale dirlo, la fotografia è uno strumento che documenta quello che sei già riuscito a selezionare: per questo - e credo che sia un’esperienza comune - quando si studia un pezzo, si sente sempre di avere bisogno della foto che manca. Di qui, la necessità dello schizzo che, però, non sostituisce il disegno analitico. » 2.1.2
John Boardman December 2002
« And since I’ve been dealing quite a lot with gemstones, we’re dealing with things that are very difficult to see and which in photographs you can sometimes not quite see properly at all. And you have to learn how to look at the device on the gemstone or the impression in the way that you have to learn what you can see on a fragment of Red-Figure pottery. So it is very important I think to have the original object if possible. » (2.1.1.)
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« La photographie de la sculpture est vraiment très difficile [à obtenir] car selon l'heure de la journée à laquelle l'objet a été photographié vont apparaître des choses tout à fait différentes. » (2.2.2)
En ce qui concerne la publication d’un ouvrage ou d’un article, la photographie qui illustre les propos du chercheur se doit d’avoir plusieurs caractéristiques : être de bonne qualité, être bien exposée, être lisible et si possible en couleur. Pour Gilles Sauron, l’emploi de la couleur dans une photographie est essentiel pour pouvoir faire l’étude iconographique d’un objet.
« J'ai toujours recherché l'emploi de la couleur. Quand j'ai commencé ce n'était pas très fréquent dans les revues. Quand l'objet commenté est en couleur, on perd des informations essentielles avec des photographies en noir et blanc. Pour tout ce qui concerne l'iconographie, il faut pouvoir donner beaucoup d'informations photographiques. » (2.2.1.)
Question: « Cela vous est-il déjà arrivé de refuser de publier une image parce qu’elle était trop chère ?
« J’ai un exemple récent. Deux photographies du musée de Vienne, que j’ai eu beaucoup de mal à obtenir, je les ai payées soixante-dix euros la photo. Finalement, une fois qu’ils nous ont envoyé les photographies, ce n’étaient pas les bonnes. J’ai donc piqué deux photographies à distance. Il arrive un moment où je refuse d’entrer là-dedans. Si la moitié du temps doit être passée à négocier les photographies avec les musées, je reviens au texte. Je renonce à travailler sur l’image. » 2.2.3
Martine Denoyelle April 2010
« Je ne publierai pas un article sur un vase que je n'aurais pas vu et que je n'aurais vu qu'en photo. Chaque fois que j'ai voulu dire quelque chose sur un vase, c'est que je l'avais vu dans sa matérialité, dans sa taille, je l'avais examiné de près, j'avais pris des photos ; et puis il y a aussi des commandes pour la publication. » 1.1
Bien que la photographie soit intéressante pour l’étude et la publication, de nombreux chercheurs s’accordent à dire qu’il est impératif de voir l’objet de visu, bien qu’il soit parfois difficile de se déplacer sur des sites archéologiques ou des musées lointains. Voir l’objet permet de le comprendre dans son entièreté, en faire le tour, le prendre en compte dans son contexte.
« Quand on croise diverses photographies, on s’aperçoit qu’aucune photographie ne ressemble à aucune autre. On est obligé de se dire : « on va aller voir l’objet ». »[…] Pour des choses que j’ai publiées, je crois avoir rarement, voire jamais, travaillé sur des choses que je ne connaissais qu’en photographies. J’ai à peu près systématiquement vu les objets sur lesquels je travaillais. C’est souvent de leur vue que l’idée m’est venue. Je ne suis pas sûr que le même objet, vu en photographie, m’aurait fait la même chose. » (2.1.2)
Luca Cerchiai May 2003
« Naturalmente mi accontento di una buona fotografia perché ho pochissime possibilità di vedere il pezzo originale. » 2.1.1
John North December 2002
« But I think that the propagation of images is in that sense is a huge source of power, yes, and the control of images, and also the control of the images of the past: the capacity to manipulate what happened in the past by presenting images in a particular way. I suspect that photography is the most powerful medium. But I think that in that sense it is a great source of power. » (1.2.3)
« I do believe that if you’re going to base an argument on something seriously then you have to look at it and not images or photographs of it, if you can, if you can get at it, if you can find it. » (2.1.1.)
[…] But I do believe that if you’re going to base an argument on something seriously then you have to look at it and not images or photographs of it, if you can, if you can get at it, if you can find it. » (2.1.1)
Marie-Christine Villanueva Puig January 2011
Question: « Essayez-vous systématiquement de voir directement les objets que vous étudiez ? Et que retirez-vous d’une étude directe, d’une vue en direct ? »
« Tant que je n’ai vu que les photos, je n’étudie pas l’objet. Cela me guide dans les choix évidemment. Alors, effectivement, ce n’est pas la façon la plus simple de travailler, parce que cela oblige à se déplacer énormément. Mais je pense que, vraiment, le contact avec l’objet est fondamental, surtout en ce qui concerne les objets antiques, qui ne sont pas toujours dans leur état premier. Il est catastrophique de faire des analyses iconographiques sur du matériel dont on n’a pas assuré l’état. L’état physique j’allais dire, les restaurations. Donc cela oblige à une vie de musées. » (2.1.1)