Les chercheurs interviewés appartiennent à des cultures internationales différentes. Leur formation dans le domaine de l’image antique varie donc en fonction du pays où ils ont fait leurs études. Si leurs propos rendent compte des disciplines qui sont privilégiées dans les différents pays, le point commun qui revient dans les interviews est qu’il n’existe pas un enseignement à la lecture de l’image. On apprend à lire les images antiques selon des modalités très variées et propres au parcours individuel de chaque chercheur.
Classique, la formation française est avant toute chose fondée sur la notion de cycle universitaire.
Martine Denoyelle April 2010
« Ma formation universitaire est réduite. Pas minimaliste mais assez réduite puisqu'en fait je ne suis pas allée jusqu'à la thèse. J'ai une licence de lettres classiques, obtenue en partie par équivalence avec les classes de khâgne que j'ai faites à Henri IV. Et puis ensuite un parcours fait entièrement à l'École du Louvre, quatre années d'École du Louvre (avec une spécialisation à l'intérieur de l'École du Louvre en cours organique de Sculpture grecque), à l'issue desquelles j'ai passé le concours des conservateurs. Au bout d'un an de préparation, seule. Autonome. Pas de préparation spécifique. J'ai eu ce concours des Conservateurs à la suite de ce parcours, qui ne m'a pas porté très très loin dans la méthodologie de l'analyse et de la synthèse des documents archéologiques. » 1.1.1.
François Lissarague November 2002
« Pour faire bref, j'ai fait une khâgne à Henri IV, mais n’ai réussi aucun des concours. J'ai fait une licence de lettres classiques, terminée en 1968, et une maîtrise en 1969. Je suis allé voir Ernest Will, qui était un de mes profs de grec, très ouvert et qui faisait aussi de l'archéologie. Je suis allé le voir pour faire une maîtrise sur les images grecques et la mythologie et il m'a envoyé à Devambez, qui était alors le conservateur des Antiquités au Louvre, et à Demargne. Au moment de la soutenance de ma maîtrise, ils m'ont dit : "revenez quand vous aurez l'agrégation", que je n'ai jamais eue. J'ai passé le Capes, et en même temps je me suis retrouvé père de famille ; j'ai donc été prof de lycée et collège, pendant 9 ans en tout. Mais pendant ce temps, j'ai rencontré Vidal-Naquet, qui m'a dit que ce n'était pas grave de ne pas avoir l'agrégation. Il m'a inscrit en thèse à l'École en 1975, et envoyé voir Alain Schnapp qui m'a trouvé une bourse pour aller en Angleterre, à Oxford. J'étais encore prof à ce moment-là ; je suis devenu ITA au CNRS, documentaliste, grâce à Vernant, puis chercheur, je ne me souviens pas de l'année, mais je crois en 1982 ou 83. J’ai soutenu ma thèse, de troisième cycle, en 1983 ; j'avais 35 ans, ce qui est tard dans une carrière universitaire. […] Mais c'était une thèse de troisième cycle, une petite thèse. Et je n'ai fait ni grande thèse, ni habilitation. Je n'ai pas un parcours universitaire très orthodoxe. » 1.1.1.
« Je suis agrégée de Lettres, donc j’ai une formation littéraire à la Sorbonne tout simplement. Après en tant qu’agrégée, je suis allée enseigner dans un lycée et, au bout de quelques années et après avoir fait mes enfants, j’ai rejoint Vernant et l’équipe. J’ai fait d’abord un troisième cycle, le Dédale, et ce n’est que plus tard, quand je suis entrée dans le supérieur, c’est-à-dire quand Vernant m’a trouvé un poste au Collège de France que j’ai entrepris ma thèse d’État sur Prosopon (valeurs grecques du masque et du visage). » 1.1.1.
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Mon parcours universitaire est simple. J’ai fait mes études supérieures ici à Nanterre. J'ai d'abord fait une licence d’Histoire de l'Art, et au moment de décider de faire une maîtrise, je me suis dit que ce serait bien, étant donné l’incertitude de l’avenir, de faire en même temps une licence en histoire. J’ai fait en même temps une maîtrise en deux ans avec Lilly Kahil et parallèlement une licence d’Histoire Ancienne à Paris X. Il se trouve que Lilly Kahil a obtenu la création d'une équipe du CNRS au moment où j'ai terminé ma maîtrise. Elle me propose alors de faire partie du premier noyau d’étudiants avec qui elle souhaite travailler, j’accepte, tout en débutant un doctorat sous sa direction. » 1.1.1.
« J'ai démarré chez les Jésuites qui aimaient bien les images ! Ensuite, Louis le Grand, Normale, agrégation de lettres classiques, École de Rome et après j'ai été en poste à Bordeaux en latin, à Dijon en histoire et archéologie antique et à Paris IV en archéologie et histoire de l'art de Rome. D'autre part, j’ai donné un cours rue d'Ulm à partir de 1984 sur l'art romain.» 1.1.1.
« Comme beaucoup de gens qui travaillent dans l’antiquité, j’ai un cursus littéraire, de lettres classiques, avec l’agrégation et l’ENS en lettres. C’est un cursus que j’ai pensé pendant très longtemps devoir être un cursus de littérature, voire même de linguistique avec ses aspects les plus textuels. » 1.1.1.
« [...] J’ai suivi les cours de Gilles Sauron à l’ENS et ceux de l’École Pratique des Hautes Études avec Agnès Rouveret et John Scheid. » 1.1.3.
« […]comme beaucoup de normaliens, on m’a dit d’aller à Rome et qui dit aller à Rome, dit se former dans ce domaine. Le professeur de grec et latin, en hypokhâgne à Bordeaux était remarquable. J’ai eu de meilleurs professeurs en prépa qu’à la fac. C’était quelqu’un qui avait commencé à travailler avec J. Bayet, qui en son temps s’était intéressé aux apports de la sociologie. Il nous a fait lire Vernant, Detienne, Hartog. » 1.1.3.
Marie-Christine Villanueva Puig January 2011
« J’ai commencé par deux ans de classe préparatoire littéraire à Bordeaux, qui ont été suivies d’un déménagement pour Paris avec le choix des deux disciplines que je souhaitais étudier : les lettres classiques et l’histoire de l’art. Pour les lettres classiques, j’ai passé l’agrégation à la Sorbonne. Pour l’histoire de l’art, ça a été l’École du Louvre, avec comme spécialité l’art antique. J’ai terminé les quatre années dans cette même école et après je me suis dirigée vers une thèse dans une université, parallèlement à l’École du Louvre : un 3ème cycle d’abord à Paris 1 en histoire de l’art et archéologie et après une thèse d’État, je pense une des dernières soutenues, en 2000 à Paris 1, dirigée par J. Marcadé. » 1.1.1.
Pour les Italiens, c’est l’attirance pour l’archéologie qui ressort le plus.
Luca Cerchiai
« Ho una formazione di archeologo classico, senza una preparazione specifica sull’iconografia. » 1.1.1.
« Ho una formazione, o meglio le lezioni che mi hanno più colpito sono state quelle di storia dell'arte, il corso di storia dell'arte, che mi ha aperto veramente un panorama enorme nell'approccio con le arti figurative in generale, da cui poi mi sono allontanata perché intorno a me vedevo troppo vuoto, troppo parlare solo di estetica, ecco. Forse era l'approccio estetico che mi dava fastidio, e ho trovato che l'archeologia mi dava più una consistenza...
Q : Era a Roma?
No, io ho fatto l'università a Bari e la specializzazione a Roma. Nella specializzazione a Roma ho incontrato Bianchi Bandinelli, che era l'archeologo ante. Tant'è vero che io ricordo, si faceva un concorso per avere la borsa di studio alla scuola di archeologia di Roma, che era l'unica credo, c'era un posto solo, e io che venivo dal sud...cioè mentre già chi stava a Roma aveva gli stessi insegnanti, e poi lì era comunque più su, e mi ricordo che io mi sono presentata lo stesso e che, ed è lì che ho conosciuto Bianchi Bandinelli, che prima non conoscevo. È rimasto colpito dal tema mio. Ha vinto poi Giovanni Colonna che ovviamente era uno che da bambino aveva già scritto articoli sugli etruschi. Ma era rimasto colpito dal tema mio che era sull'arco, sull'arco a Roma e altrove. » 1.1.1.
Angela Pontrandolfo June 2003
« Ho fatto l'università, lettere, e mi sono laureata però in archeologia perché in Italia è così, poi ho fatto la specializzazione a Roma in archeologia, e poi ho fatto il concorso di professore. » 1.1.1.
Cambridge et Oxford sont les fers de lance de l’éducation anglaise en matière d’art. Le prestige venant de l’école, il n’est pas étonnant de constater la réussite de ces spécialistes qui ont eu l’excellence en matière d’apprentissage.
Jas Elsner December 2002
« […] Academically, I went to Cambridge to read Classics. In Part I of Cambridge Classics in those days (the early 80s), you did minor options in subjects like Classical Art, Philosophy, History and Philology as well as the main literary thing of translating and commenting on texts. My first year was the first year when Robin Osborne was teaching in my College, King’s. So I did my Ancient History with Robin and my History of Ancient Greek Art with Robin. My first class was effectively the paper which became his Mutilation of the Herms, his very first published paper (I think PCPS 1985), and my second class was on the substance of what became his classic paper on the ‘Viewing and Obscuring of the Parthenon Frieze’ (JHS 1987). These were the first two tutorials I ever had in the History of Art.
The year after, Mary Beard arrived in Cambridge, so that’s 83 or 84 (she probably lived in London and worked in Cambridge) and she took over teaching Roman Art for King’s. I remember we were sitting on her floor in Newnham College doing the Villa of the Mysteries with the big Maiuri publication spread out before us (this was the era before powerpoints!). That was my introduction to the academic aspects of Art History.
I didn’t do any Art History in Part II of the Cambridge Tripos, but Mary introduced me to Robin Cormack, her partner and later her husband. I applied to study with Robin at the Courtauld Institute in London for the Masters degree in Byzantine Art. But I went first for a year to Harvard where I was fortunate to do some Art History in the Art History department there. I took courses with T. J. Clark, on French Impressionism, and in fact his terrific book on The Painting of Modern Life had just been published. His course was a taught version of the book. And Simon Schama, now very famous, was doing a course on what later became his book on Dutch painting, The Embarrassment of Riches. I also studied with Nora Nercessian, a medievalist who is hardly now remembered and has left the field, but who was very encouraging and gave me some key theoretical texts to look at the German tradition, such as Walter Benjamin and Adorno. I also did some Byzantine history there with Angeliki Laiou and Ihor Sevcenko (who cordially loathed one another). Then I went for a year to the Courtauld to complete my MA, and returned to Cambridge to do a PhD that combined Classics with Art History, under Mary’s supervision. » 1.1.1.
John Boardman December 2002
« I read Classics at Cambridge, followed by work in Greece at the British School of Athens. And then I came to Oxford, to a museum first, the Ashmolean, and then teaching, here in Oxford. That’s the basic outline. » 1.1.1.
Donna Kurtz August 2003
« I knew that I wanted to do a doctorate in Classical Archaeology when I was 13 years old. I lived in a city which had one of the best libraries for Classical Archaeology in the world.
Which is ?
“Cincinnati. It also has a strong tradition of Bronze Age archaeology, excavating at Troy with Carl Bliegen. It also had Hebrew Union College which at the time was directed by Nelson Glueck who was very famous at the time and excavated in the Negev. And I went to a school, for students from 11 to 17 years old, which was also very famous. It’s public, it’s open to everyone and you don’t pay. But you enter by examination and there are few of them in the United States like this. And they produce really quite extraordinary people because you have the combination of the very wealthy with the very poor and from very different religious backgrounds, very different social backgrounds. And there is a high emphasis on performance. We were examined all the time and many of us were accepted into university as second year students.
[…]Then I went to the University to Cincinnati and did all of my undergraduate work in two years. And I started school a year early. So I was only about 18-19 and they wouldn’t let me graduate because they said that wasn’t good for me. And I was allowed to stay and I agreed to stay the third year if I could be allowed to take graduate courses. So in my third undergraduate year I took all graduate courses and graduate seminars, all of them in Classics. Then I won a scholarship to go to Yale to do a Master’s degree and then I won a scholarship from there, a Marshall scholarship to come here (Oxford). And true to my tradition of liking to get things done quickly I finished my doctorate in seven terms. And then I was ready to leave and get out of here, and I was given various research fellowships. And then Beazley died and a job was created for me. And so here I am. » 1.1.1.
John North December 2002
« I was trained at school entirely as a linguist. That is, all we ever did was translate in and out of Latin and Greek in prose and in verse. So that was my training up to the age of 18, and at that stage, I’d scarcely been introduced to an image of any kind. We went on one trip to the British Museum – to the coin room – but were not in any way educated about images and they didn’t really come up in the context of ancient history either, of which we had a little. At Oxford I read “Greats”, which is literature, philosophy, history, and history in a very language-based sense, and again, I don’t think I received any training or a particular interest in images at all. So I started research with absolutely no training and then went to Rome for a certain time and spent quite a lot of time in museums and looking at things and reading in the library at the British School there, and I suppose that that’s the first time that I started looking at images at all or thinking that they had any great relevance to what I was planning to do, or were something that I would know how to cope with at all. So, up to that stage, I had no training at all and no training at the British School at Rome either. My supervisor, who was Stephan Weinstock…
[…] I don’t know where you want me to go next in my career, but I then had a post teaching ancient history throughout my time at London University, and I’ve never taught a course which is explicitly on art or iconography or archaeology, though obviously images come into a lot teaching I have done. I only taught religion in any case as such at the very end of my time, the last ten years or so. » 1.1.1.
Simon Price December 2002
« I had no formal training as an undergraduate in classical iconography. I didn’t study any archaeology or art history, although I was always quite interested in it. I read books about vase painting and so on for fun, though I didn’t study it. I’ve always also from school days and onwards been to visit museums and looked at objects from all over the Mediterranean world where I have happened to been. As I’ve also looked at ruins and monuments. In the days where I started doing my thesis there was no training for graduate students, we just moved straight from being undergraduates to writing a thesis. So everything else that I have learned about iconography I have learned through talking to people and reading things. » 1.1.1.
Luca Giuliani December 2010
« Io ho studiato a Basel, e la persona determinante penso che sia stata Karl Schefold. Karl Schefold faceva lezione solo ed esclusivamente su iconografia mitologica; solo un anno in cui io sono stato un semestre a Monaco, lui ha fatto, credo, una lezione su qualche altra cosa, su Pompei, ma non l’ho sentita. Quindi io, dal primo semestre fino al dottorato, non ho fatto altro che sentire lezioni su iconografia mitologica, e non avrei mai immaginato di occuparmi dello stesso argomento. Mai. Lo ritenevo completamente escluso. E più andavo avanti con lo studio, più escluso mi sembrava. E questo, per una ragione che a posteriori mi sembra abbastanza semplice. Per Schefold l’iconografia mitologica e le fonti scritte erano fenomeni paralleli e causati da una radice comune, profonda, che lui chiamava il “pensiero religioso”, che è una specie di structura structurans che sta dietro ai fenomeni : è quello che in fondo in tedesco si chiama “Geistesgeschichte”. Mentre io, ad un certo punto quando ho cominciato ad occuparmi di questo, sono partito da Lessing e sono partito dalla incompatibilità e dalla differenza profonda, strutturale, tra fonti scritte o parlate e immagini. Quindi io sono partito dalla diversità dei due medi. » 1.1.1.
« Tous les chemins mènent à Rome », telle pourrait être l’introduction de cette partie. Bien que les cursus académiques restent « classiques », la formation à l’image est elle bien plus éclectique. Entre souvenirs d’enfance, rencontres décisives et hasards, les spécialistes de l’Antiquité reviennent sur la manière dont ils sont parvenus à leur formation intime à l’image.
Parce que nous sommes en partie le résultat de notre éducation, il n’est pas étonnant que certains intervenants soient revenus sur leur passé afin de plonger dans les racines de leur initiation à l’art.
Luca Giuliani December 2010
« La cosa che forse mi ha determinato era …, mia madre era andata a scuola a Berlino prima di venire in Italia, è venuta in Italia quando aveva diciannove anni, e la sua insegnante di classe che l’aveva portata fino alla maturità aveva insegnato tedesco e storia, ma era in fondo una storica dell’arte, la passione di quest’insegnante era la storia dell’arte. E si occupava di iconografia di manoscritti alluminati medievali. E lei è venuta spesso a trovarci a Firenze— io sono cresciuto a Firenze— e con lei sono andato nei musei, e per la prima volta ho fatto l’esperienza con una persona che mi insegnava a guardare. Quindi questa è stata la prima esperienza concreta di rendermi conto che uno non è che cammina attraverso una galleria di quadri, ma che il guardare è una cosa che richiede uno sforzo intellettuale preciso e che ci vuole tempo ; è diverso da quello che uno, se guarda una cosa, riesce a vedere cose che prima non aveva visto e che non sapeva. Quindi che l’attività di guardare è uno sforzo attivo che produce frutti. » 1.1.3.
Jas Elsner December 2002
« I suppose I have had two careers. One is the fact that I am the son of a painter. So I have a whole history in the History of Art that has no relationship to academic Art History. I would go with my father every weekend to museums, including to Paris. For he had lived in Paris for ten years after the War. He showed me all the museums of Paris. He had lived the life of a great passionate artist in the avant-garde of the post war years of the late 40s and early 50s. This is one of his paintings, there, in Japanese style. He was Cezanne! The myth! The pure perfect modernism. That was my main introduction to the world of images, from the passionate insider’s view of a particular artist. » 1.1.1.
« Mes parents s’intéressaient beaucoup à l’art et à l’histoire de l’art. J’ai visité beaucoup plus d’églises que tous les croyants, ainsi que beaucoup de musées ; donc cela a très vite fait partie de ma vie. Je pense que comme cela faisait partie de ma vie, il ne m’est pas venu consciemment tout de suite que c’était un domaine qui m’intéressait. De plus, comme pendant longtemps, on m’a dit que j’avais des problèmes d’orthographe, que je n’écrivais pas bien, on m’a dénié l’idée que je serai un littéraire pur. Je me suis obstiné dans cette voie jusqu’après l’agrégation. Ensuite, j’ai pris un peu de recul sur l’évolution des milieux littéraires, en particulier dans le rapport aux langues anciennes. Finalement, je n’y trouvais pas ce que j’y cherchais. Je me suis interrogé. Toutefois je ne suis pas venu à l’histoire de l’art directement, mais en passant par l’histoire.
Pour s’interroger sur les textes anciens, il fallait avoir un regard d’archéologue, un regard historique. Ce qui m’intéressait dans les textes anciens que j’avais à commenter, ce n’était pas tant ce qu’ils représentaient pour nous, en tant que textes ou objets, mais selon quels principes ils avaient été créés, à l’époque où ils l’avaient été. Je me suis formé en histoire. C’est à partir du moment où j’ai basculé du côté historique que je suis revenu assez naturellement aux images et à l’histoire de l’art. » 1.1.3.
Parfois c’est une rencontre avec un enseignant, un spécialiste ou un ami qui fait que la vie prend une tournure nouvelle. Les intervenants reviennent sur les rencontres qui ont marqué leur carrière.
Luca Cerchiai
« Ho iniziato a lavorare sull’iconografia sotto la guida di d’Agostino negli anni in cui Bruno cominciava ad approfondire il discorso sull’imagerie insieme alla scuola francese organizzata intorno al Centre de recherches comparées sur les societés anciennes. Erano gli anni tra il 1978 -80, dopo il convegno sull’ ideologia funeraria. […] (Ischia del 77), dopo il quale il gruppo napoletano organizzato intorno al Centro per l’ideologia funeraria sul mondo antico, costituito presso l’Università “L’Orientale” di Napoli, cominciò a lavorare sull’ iconografia. […] A chiusura del convegno ci fu una tavola rotonda molto intensa in cui ricordo un importante intervento di Vernant che, tra l’altro, fece un bilancio critico quanto approfondito sulla critica marxista. In quel momento noi cominciamo a lavorare sull’iconografia. Mi ricordo che Bruno organizzò una riunione proprio all’Orientale, proponendo una serie di progetti di ricerca sull’iconografia. A me toccarono le stele etrusche. » 1.1.1.
Martine Denoyelle April 2010
« […] je pense que j'ai découvert l'image en tant qu'objet de réflexion très très tard. J'avais un intérêt par contre pour les oeuvres d'art. Pour les oeuvres antiques.
Q : Donc sur l'objet plutôt?
L'objet, oui. Parce que justement mon intérêt s'est déplacé depuis les textes... Et cela Valérie (Huet) le connaît bien parce que ce parcours qu'on avait nous l’avons fait ensemble. Mais mon intérêt s'est déplacé de la connaissance textuelle d'une civilisation à la connaissance à travers l'art. Donc ce qui était intéressant dans ce cadre-là c'était l'étude de l'oeuvre d'art.
Et ça a été la sculpture, qui était ma formation, et ensuite les vases grecs, pour lesquels je n'arrive pas à retracer l'origine de mon intérêt.
Mais c'est certain que dès que j'ai été nommée conservateur j'ai demandé à m'occuper de la collection de céramique grecque. Ce n'est évidemment pas un hasard dans le cadre d'une enquête sur l'image, parce que la céramique grecque c'est quand même effectivement un des répertoires d'images et d'images articulées, d'images narratives, d'images complexes, les plus énormes de toute la production grecque. 1.1.2.
(…) Je me suis rappelée que J.-L. Durand par exemple, à qui j'ai dit récemment qu'il était un de ceux m'a fait entrer... un frère qui m'avait fait entrer dans la religion des vases grecques… J.-L. Durand nous accueillait au centre Gernet qui était rue Monsieur le Prince et nous donnait des travaux de recherche à faire qui étaient à la fois un peu initiatiques et qui pouvaient lui servir. 1.1.2.
(…) Mon grand-père était professeur de lettres classiques, professeur agrégé. J'avais un grand-père qui m'a raconté des histoires mythologiques. J'étais très petite, puisque Œdipe et le Sphinx, c'était une des premières histoires que je connaissais, qu'il me racontait. J'ai été nourrie d'un certain nombre d'histoires de la mythologie très tôt. Pas l'image, l'image mentale. Il y a quelque chose sur le plan de la formation familiale, en effet : mon grand-père a joué un rôle énorme, je pense. A partir de trois, quatre ans j'allais chez lui, tous les jeudis. Ma grand-mère était agrégée de maths. Donc ma sœur faisait des petits problèmes, moi j'écoutais des histoires. Je me rappelle très bien Œdipe et le Sphinx. Mais il me parlait aussi de tout un tas d'autres choses. Des poèmes de Victor Hugo, de Michelet...Il y a eu une initiation au récit, dès l'enfance, et bien entendu quand on est enfant, le récit se met immédiatement en images mentales. Alors peut-être que par la suite j'ai cherché les images qui correspondaient au récit. Je pense que cela fonctionne aussi comme cela. » 1.1.3.
François Lissarague November 2002
« Comment vous êtes-vous formé à l'étude de l'image?
A moitié sur le tas, à moitié avec des amis. C’était le grand moment de l’avancée de la linguistique, de la sémiotique, de Barthes. Je ne sais plus exactement comment j'ai rencontré Claude Bérard, mais c'est dans ces années-là, et ça passe par Alain (Schnapp). Dans les années 75-76, on avait lancé ici au Centre (rue Monsieur le Prince), un groupe sur Dionysos, auquel participaient Claude Bérard, Herbert Hoffmann et nous. Bérard à l'époque était très marqué par la sémiotique et il ouvrait cette voie, avec des textes sur les unités formelles minimales... etc. On cherchait une méthode, on avançait de manière hésitante, mais enfin le grand modèle c'était la linguistique ; la sémiotique n'étant qu'une super linguistique généralisée à tous les systèmes de signes. On a mis à peu près 10 ans à comprendre que ce n'était pas la bonne piste. Par exemple, Jean-Louis Durand, qui est un littéraire et un linguiste, était très sémioticien à l'époque. Pas dans la théorie pure et dure mais on partait de là, oui. Avec les lectures de l'époque. » 1.1.1.
« Ce qu’il faut dire d’abord, c’est que Claude (Frontisi) est historien d’art, donc les images j’en ai vu défiler tout le temps. Les images grecques ça a été quand j’ai eu le temps, quand je suis rentrée au centre à temps plein, donc j’étais d’abord assistante au Collège de France et on a commencé à faire notre fameux séminaire d’iconographie avec Jean-Louis Durand, François Lissarrague, Alain Schnapp, Jean-Pierre Darmon. Et quand j’ai fait mon troisième cycle, je n’étais pas encore assistante, j’étais encore dans le secondaire. Pour Dédale, je n’ai pas travaillé sur les images. Il y a des images, mais ce sont des illustrations.
Et quand j’ai été assistante de Vernant, j’ai commencé une thèse d’Etat et il m’a donné comme sujet – je voulais travailler sur le masque – il m’a donné comme dossier, le dossier qu’on appelle celui des Lénéennes- il ne s’agit pas des Lénéennes - qui représente le masque de Dionysos accroché à un pilier et c’est un dossier pour lequel il n’y avait absolument pas de texte. Il m’a dit « moi je ne comprends pas, essaie de voir ce que c’est. Et là je me suis plongée dans le dossier mais avec mes copains. D’abord avec Jean-Louis Durand, c’est-à-dire le premier article qu’on a fait là-dessus, je l’ai fait en commun avec lui. La circonstance particulière, c’est un corpus d’images pour lequel il n’y avait pas de textes correspondants. Sinon jusque là je travaillais seulement avec des textes. » 1.1.2.
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Ma formation est l'Histoire de l'Art au départ, donc forcément très tournée vers l'étude des images. Mais c'est surtout la rencontre avec Lilly Kahil qui a été décisive et qui m'a donné envie de poursuivre dans cette direction. Au départ, je me destinais plutôt à l’archéologie de terrain, et c’est cette rencontre avec Lilly Kahil qui a été décisive. […]Sa façon de présenter son cours qui était axé sur l'étude de la céramique grecque et essentiellement sur l'analyse d’images, cela m'a plu d'emblée. » 1.1.2.
« […] j'avais démarré - c'est assez précoce, c'est d'ailleurs mieux comme ça - par un mémoire de maîtrise sur l'inspiration politique à Rome, qui m'avait amené à regarder d'assez près la Villa des Papyrus à Herculanum. Ce mémoire avait été dirigé par Alain Michel, qui a été un extraordinaire initiateur à la culture romaine pour de nombreux antiquisants de ma génération. Donc finalement c'est assez tôt. Finalement je n'ai fait que ça! Donc j'ai démarré avec cette villa des Papyrus et l'interprétation que j'avais donnée plus tard, je crois que je l'avais faite d'emblée. » 1.1.2.
Mary Beard December 2002
« I’d gone out with loads of guys who are architectural historians. I thought about changing to art history, so I was interested in it but it was all entirely unrelated to the Classical tract reading. And that’s not entirely the case, because I did these papers but that’s not where I learned anything. I learned by going around and looking at buildings and architecture. And Hugh Plummers, he’s dead. He used to take his favorite people out to look at buildings. » 1.1.3.
John Boardman December 2002
« I suppose what I was doing in Greece as a research student was the pottery of Eretria and that involved working on some of the Black-Figure of Eretria, and that had iconography on it. So to do the job thoroughly I had to learn about the iconography of the Black-Figure vases, which involved wedding scenes, Heraclean scenes, this sort of thing, you know the basic things in doing a study. But it was particularly difficult because it was Eretrian Black-Figure and not Athenian Black-Figure. So I learned a bit about that, and that was the first time that I had to look at iconography. I don’t even think I’d heard of the word iconography. » 1.1.1.
John North December 2002
« […] And he (Stephan Weinstock) took me around various things in Rome, including the Esposizioni, the EUR Museum, looking at monuments – well the plaster casts of monuments – and so on, and talking about…I suppose you could say that that was training but it was pretty casual sort of training. » 1.1.1.
Simon Price December 2002
« Well for me when I started doing my thesis it was always obvious that I was going to study the material aspects of the imperial cult. Why it was obvious? – because it wasn’t obvious in my formation, which was purely history – but I knew that’s what I wanted to do. I wanted to talk and think about places and buildings and statues and all that sort of thing. I just knew it. When I went to Cambridge in the third year of my research, I there met Richard Gordon who was certainly very influential, as he has been for all sorts of people, because he’s just so fertile in ideas. At that point he was writing his article for the journal Art History about religious art, and actually I worked with him on a lot of the footnotes for that because he had written the text, and that’s the way to do it, but really didn’t know what to put in the notes, so I told him what to put in the footnotes. Some of it at least. » 1.1.3.