« Les images ne sont pas l’illustration des textes » écrivit Charles Dugas dans les années 1950. Ainsi, la notion d’illustration implique la confrontation du texte et de l’image car celle-ci peut en être la transcription visuelle. Dans tous les cas, elle en oriente le discours car l'image n'est pas impartiale même employée comme simple illustration. Dans le cadre de cette enquête, la question de l'illustration intervient dans le domaine pratique de la publication (copyright, coût, etc.). Les chercheurs se posent aussi la question de la nécessité et de la fonction de l'illustration. Dans leurs propos, l'illustration pose problème quand elle est employée en tant que preuve car elle est toujours partielle et souvent partiale. De plus, son pouvoir attractif ne peut être nié, que ce soit dans le cadre d'un cours face à des étudiants ou dans un ouvrage.
La question pratique de l'emploi d'illustrations dans les publications pose un problème à la fois par rapport au coût d'impression mais aussi pour obtenir l'autorisation de publier les images. Les nouvelles technologies permettent l'accès à des illustrations qui dépassent les moyens financiers de tous les éditeurs papiers. Il peut alors être intéressant de marier les deux médiums.
« J'ai eu beaucoup de mal à obtenir deux photographies du musée de Vienne. J'ai payé soixante-dix euros par photographie et finalement j'en ai reçu d'autres. J’ai donc récupéré deux photographies à distance. Je ne m'obstine pas. Si négocier les images avec les musées prend trop de temps, je reviens au texte. Je renonce à travailler sur l’image. » 2.2.3
Parmi les fonctions de l’image l’une d’entre elle est d'illustrer. Elle est présente dans les ouvrages destinés au grand public ou dans les manuels scolaires ce qui semble tout à fait justifié pour les chercheurs. Dans le cadre scolaire, le lien entre le texte et l’image permet l’apprentissage car cette dernière a un fort potentiel attractif. L'illustration apparaît aussi comme inévitable pour présenter les travaux scientifiques d'après Mary Beard. Parfois, comme le suggère Jas Elsner, on peut envisager de modifier l'image pour mieux illustrer un argument. Dans certaines publications, l’image est dépourvue d’analyses. François Lissarrague s’oppose à cette pratique mais admet qu'elle est parfois inévitable. Les images peuvent illustrer un texte mais sans analyse visuelle elle n'en devient qu'un simple accessoire.
Martine Denoyelle April 2010
« Ce que je sais c'est que quand j'étais au lycée, plus exactement en classe de 6e et 5e, j'avais une professeur de lettres classiques qui illustrait les textes grecs et latins qu'on étudiait par des images de vases grecs. » 1.1.2
Mary Beard December 2002
« Let’s take illustrations. One of the things that you want to get across to students in particular is that images aren’t just illustrations. [...] On the other hand, in practice, you do use them as illustrations. We’re always very concerned to say that images do more than illustrate. They recreate, they reformulate things. And yet in fact, we also do use them as illustrations. It would be completely dishonest to say that we didn’t use them to interest people, to make them look, and to keep people’s attention. [...] So I’m afraid they come in all kinds of different ways and I think that anybody who suggests that they’re theoretically pure, [...] is just a complete lie. Of course we do, it’s like how some poetry sounds nice, and if you read it, you wouldn’t say that that’s the be all and end all of what you did with poetry, but if you’re thinking about producing a good lecture, you might do that. » 3.1.1
Jas Elsner December 2002
« For instance, would I put the arms back on the Venus de Milo? I might... Dali did it. To illustrate some point I might. It is hard to believe but it is not unthinkable. » 2.3.2
François Lissarrague November 2002
« J'ai beaucoup de résistance vis à vis de l'image comme illustration, mais cela dépend comment on traite le problème. [...] J'essaie d'éviter l'image illustration. Mais cela m'est arrivé. Cela dépend du type de publication. Quand j'ai écrit [avec I. Aghion et C. Barbillon] le guide iconographique Les dieux, les héros, toutes les images sont des illustrations. Le texte explique et on donne l'image. Elle est juste amenée, il n'y a aucune analyse spécifique de cette image-là et je n'aime pas trop faire ça. Mais ce guide est un recueil de données, donc cela a sa logique. En revanche, je pars plutôt des images pour raconter quelque chose, donc elles sont à la fois un support et un point de référence au discours. » 3.1.1
En revanche, plusieurs chercheurs s'opposent à ce principe illustratif de l'image. Pour eux, les images sont plus que des illustrations. Ils mentionnent la pratique des historiens qui consiste à utiliser des images comme de simple illustration afin de rendre un texte plus attractif, l’image n’ayant alors pas de véritable intérêt scientifique. Ses spécificités ne sont pas prises en considération. Les iconographes renoncent à l’utilisation de l’illustration. Afin de justifier le caractère scientifique de l’image, elle doit faire l’objet d’une documentation. Selon Paul Cartledge, l'image peut être utilisée comme une illustration si elle sert un discours sur ce qu'elle peut ou doit signifier. Il suggère alors de la considérer à l'égal d'un texte.
Luca Giuliani December 2010
« L’immagine, se serve soltanto ad illustrare un discorso, non serve a niente. Ma questo non è colpa dell’immagine. È colpa del punto di vista che considera l’immagine come un’illustrazione. E l’immagine che viene considerata come illustrazione non è altro che un doppione di quello che già sapevamo. Ma questo significa non guardarla. Perchè appena uno la guarda, si rende conto che illustrazione non è. » 2.1.1
Jas Elsner December 2002
« I am a great opponent in principle of the illustration-use of images, because I think that is not Art History, that is the bad way the Historians use art. Images are silent, they can prove anything, especially if you write a caption telling people what to think. » 2.2.1
Simon Price December 2002
« I think that if you’re interested in, for example, sacrifice, or if you’re interested in water carrying in the ancient world, it’s very easy to find. You find a Greek vase or a Roman sacrificial relief, and there’s your illustration, but that’s the naïve, bad way of creating images. That is, to fail to think about the grammar of the images themselves and what they themselves are doing. So, I think they’ve got to be thought about on their own, in their own terms, before you set about drawing any sort of conclusions from them. How do they work? What are their constraints? What are the conventions of them? » 3.1.1
« Si l'on travaille sur l'image elle-même comme point central, cela ne peut pas être une illustration. Si ensuite on travaille par exemple sur l'enfant à l'époque d'Auguste, l'image peut apparaître comme une illustration d'un propos plus général [...] Je ne suis pas sûr que l'approche illustrative soit la meilleure. C'est souvent la mauvaise approche qu'en ont les historiens ; cela finit par faire oublier précisément que l'image a ses exigences spécifiques et qu'elle est rarement directement utilisable comme une illustration. Tout dépend de la façon dont on l'aborde. » 3.1.1
Simon Price December 2002
On lui montre une image de la fresque de la Villa des Mystères de Pompéi afin qu'il en propose un commentaire:
« It’s a good example of the problems of illustration, because you have given me an image of the whole, and a detail of the last few figures on the right. Now the interpretation of the image would depend upon the whole scene, but I can’t possibly see enough of what’s on the rest of it, to be able to get a clear idea of what’s on the right. » 5.1
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Il ne faut pas être trop systématique dans cette confrontation entre image/texte et texte/image. L'image n'est pas forcément l'illustration d'un texte. Il faut être extrêmement prudent. Ce sont deux formes de langage qui ont leur vie propre. » 3.1.6
Paul Cartledge December 2002
« [...] if you’re trying to have a theoretical discussion about what an image could or should mean, then you must start from the image and you must start from a notion of it as being like a text. In other words, not merely an illustration of something else, it is itself, as it were, the equivalent of a text. But you have to put it into words, in order to discuss it, and therefore you create a text, you make it a text, or you put it in the context of a text, so only for very limited purposes should images, in a scholarly context, be used simply for illustration. » 2.1.4