Le terme « archive » désigne aussi bien le lieu de conservation que la collection elle-même de « documents anciens classés à des fins historiques » (Le Robert).
Les archives sont un moyen de garder la trace du passé et constituent également une source non-négligeable pour les historiens. Les archives peuvent être de tous les mediums : acte administratif et juridique, lettre, photographie, vidéo, bande sonore… Les chercheurs interviewés n’ont pas le même avis sur l’intérêt et utilité de la recherche archivistique pour la lecture de l’image. Si certains soulignent l’importance des archives, quelle que soit leur nature pour l’explication d’une image, pour beaucoup cet investissement n’apporte rien et cause une grande perte de temps.
Les archives sont d’une grande aide lorsqu’il est question de la restauration. Pour François Lissarrague cette approche est équivalente à une analyse philologique des objets, c’est-à-dire à la fois à une étude littéraire et iconologique.
François Lissarrague November 2002
« Il y a des moments où l’enquête archivistique est utile, dans la restauration notamment. Puisqu’on revient à la philologie des objets : si un vase est repeint, ce n’est pas la peine de commenter le repeint. Il faut d’abord vérifier. » 2.3.2
Les archives sont importantes pour l’histoire du collectionnisme d’après Renaud Robert. Martine Denoyelle rapproche quant à elle la notion « d’historiographie » de celle « d’archives », puisque grâce aux archives peuvent surgir de nombreux débats quant aux attributions.
« L’étude des archives entre complètement dans l’histoire de la réception de l’objet, cela me paraît évident et c’est une branche de l’histoire des images extrêmement utile et féconde […] C’est l’histoire des collections. C’est extrêmement utile. » 2.3.2
Martine Denoyelle April 2010
« Toute l’étude qu’on a faite de l’histoire des collections et de l’approche de la collection Valetta, montre que cette signature (celle de Lasimos) se trouve au cœur d’un débat à l’époque absolument aigu, entre les antiquaires du nord et les antiquaires du sud, entre les Toscans et les Romains. Et les Napolitains qui disent que les vases étaient grecs et les autres disaient qu’ils étaient étrusques. Aussi biens les lettres d’archive, dans Gori, ou les publications où cette inscription est mentionnée, parce qu’elle était très fameuse. » 2.3.2
Les archives sont indispensables lorsqu’on étudie un objet selon Luca Giuliani. Ainsi, avant de savoir d’où vient un objet de musée, il faut d’abord s’intéresser à sa provenance archéologique d’après Simon Price.
Luca Giuliani December 2010
« Ma il fatto che noi abbiamo dei vasi sulla provenienza dei quali non abbiamo delle notizie precise, lo trovo una catastrofe. Naturalmente ci sono molte cose che possiamo fare lo stesso con i vasi. Ma ci sono altre cose che non possiamo fare. » 3.1.4
Simon Price December 2002
« If you are trying to reconstruct where a museum object actually came from, you might have to do some archival research to figure out where the Prima Porta statue of Augustus came from. » 2.3.2
Les archives peuvent aider à la recherche autour de l’histoire d’un objet mais cela n’aide en aucun cas la lecture iconographique. En effet, selon Martine Denoyelle, les archives aident à la recontextualisation et à l’explication d’un objet mais cela n’apporte rien sur l’image elle-même. John Boardman ajoute à ce sujet qu’il ne faut pas oublier de regarder les images avant tout.
Martine Denoyelle April 2010
« Toute l'histoire de l'objet a été fortement recontextualisée et expliquée, et alimentée par toutes ces recherches d'archives sur les collections. Mais on est un peu loin de l'image. Cela n'a rien apporté sur l'image elle-même ! » 2.3.2
John Boardman December 2002
« I think it would make life easier, it’s really convenience. It doesn’t stop you from having to look, you’ve still got to look, but it will make it easier to know what to look at. » 2.3.2
Les archives peuvent être de différents mediums. Or pour John North l’étude archivistique serait un projet de très grande envergure. Quant à Martine Denoyelle, en prenant l’exemple des archives de Dietrich von Bothmer, elle souligne la très grande quantité de documents réunis par ce conservateur de musée et spécialiste de céramique grecque antique.
John North December 2002
« Would there be a case for some kind of massive project looking at the archival background of everything ? I think that would probably be a waste of time. That would be a huge investment in a lot of stuff that wouldn’t matter very much. » 2.3.2
Martine Denoyelle April 2010
« [Les] archives [de Dietrich von Bothmer], comme il est décédé récemment, je ne sais pas ce qu'elles vont devenir. Il est décédé à l'automne dernier. En octobre 2009. C'est quelqu'un qui avait besoin d'un environnement visuel énorme, et d'énormément de références pour arriver à exercer son attribution et sa classification. » 1.1.4
Les archives, bien qu’extrêmement utiles pour la recherche, sont complexes à étudier. Marie Christine Villanueva Puig dit, par ailleurs, à ce sujet que lorsqu’on doit chercher des informations il faut s’entourer de professionnels qui rendront ainsi plus simple leur approche. Gilles Sauron quant à lui révèle la complexité des sources à propos d’un même sujet : deux documents peuvent mener à deux conclusions différentes.
Marie Christine Villanueva Puig January 2011
« [Nous avons] les fiches des musées, à condition d’avoir avec soi quelqu’un du musée qui sait les lire, et qui sait qui a écrit quoi. En général, c’est au crayon et sans signature […] Il faut voir les archives des musées avec une personne. C’est là où la tradition « locale » est très importante aussi. » 2.3.2
« Coarelli* a fait deux enquêtes archivistiques à propos des reliefs de l’autel de Domitius Ahenobarbus, l’une qui a eu une conclusion et l’autre qui en a eu une autre ». 2.3.2
*COARELLI F., "L'ara di Domizio Enobarbo e la cultura artistica a Roma nel II secolo a. C.", Dialoghi di Archeologia, 3, 1968, p. 302-368