L’historien de l’art est avant tout spectateur des formes qui l’entourent mais il construit aussi, en relation avec ces images, un savoir qu’il est nécessaire de partager. La reproduction d’une œuvre est primordiale pour la diffusion de ce savoir. Ainsi, elle permet, quel qu’en soit le médium - dessin ou photographie -, de rendre accessibles et l’information et l’œuvre, en créant un lien direct. La reproduction met en image des écrits et donne une matière, une forme et une couleur à un objet. Le génie scientifique peut s’exprimer plus aisément grâce à cette accessibilité de l’œuvre que permet la reproduction. Au-delà du partage de l’image, la reproduction, faite à un moment donné, est également le témoin d’une œuvre, que celle-ci soit disparue ou non. C’est alors qu’elle peut prendre, d’une certaine mesure, la fonction de source.
Le dessin peut faire partie des reproductions d’une oeuvre. Il permet de mieux voir et ainsi de comprendre l’oeuvre comme le souligne plusieurs chercheurs. Mais la part de subjectivité qu’il implique doit être prise en compte. De plus, la reproduction par un dessin personnel permet de détourner le problème inévitable des droits d’auteurs. Ce qui est pour certains chercheurs une solution excellente au moment où les financements posent problème. Il faut admettre qu’il existe un regard économique à porter sur cette question de la reproduction de l’objet mais également de sa diffusion.
Luca Cerchiai May 2003
« È meglio disegnare perché si esercita l’occhio in modo più attivo. » 2.1.2
« Più che l’uso del colore, mi sembra importante la possibilità di inserire disegni: come ho detto prima, sono lo strumento più efficace perché interpretano, non sono mai neutrali. » 2.2.1
Donna Kurtz August 2003
« That is almost inevitable, because the person making the drawing will reflect the practices of his period, will reflect his own experiences. So you would expect them to change, and it’s very interesting to have a sequence of changes that you can watch over a period of time. » 2.1.2
« Ensuite pour un problème de crédit le plus souvent, on se rabat sur le dessin, donc il n’y a plus de couleurs. Les détails sont toujours utiles, mais à côté d’une photo complète. » 2.2.1
Dans l’analyse et la qualité d’un ouvrage publié (livre ou article), les photographies apparaissent comme un soutien aux propos scientifiques. Leur qualité est aussi primordiale afin de véhiculer un certain prestige. De plus, il faut prendre en compte le fait que ces reproductions dépendent parfois de différents droits et accords pouvant complexifier leur réalisation.
Par ailleurs, Il est parfois plus facile de réaliser ses propres photographies pour être déchargé de toutes démarches de droits d’auteur mais surtout afin d’avoir un résultat qui convient parfaitement au propos scientifique. Ce n’est pas évident de pouvoir faire le déplacement jusqu’au lieu de conservation de l’œuvre et il faut alors se cantonner aux reproductions déjà existantes. Malheureusement, certaines de ces photographies ne sont pas nécessairement de bonne qualité.
Martine Denoyelle
« C'est-à-dire que l'image qui est présente dans le texte de l'article doit être une image...c'est Bothmer qui me disait que rien qu'en regardant les photos d'un article, on sait s'il est bon ou pas. C'est un peu ça. Ce n'est pas une question de qualité, c'est une question de pertinence. On regardant les choix de photos, tu dois comprendre où va la démonstration. » 2.2.1
« L'idéal ce serait de faire soi-même ses photos, d'être un bon photographe. Il y a quelques personnes qui le font. Didier Fontannaz par exemple. Ses photos des vases du Peintre de la Naissance de Dionysos, les détails sont remarquables, donc effectivement il a mis dans sa thèse des photos personnelles et on y voit très bien, très clair. Les photos sont de très bonne qualité. Elles illustrent bien ce qu'il dit. » 2.2.1
La véracité du dessin peut facilement être compromise par le regard et la main de son auteur. Évidemment, la véracité et la technicité du dessin dépendent de facteurs humains et des objectifs visés. Le dessinateur peut tout à fait idéaliser le tracé et ainsi déformer complètement ou partiellement l’œuvre originale ou l’objet reproduit. De plus, certains dessins permettent d’accentuer des détails qui ne sont pas aussi visibles en réalité.
Jas Elsner December 2002
« Photographs are as misleading in many ways as other forms of reproductions. All reproductions are false. » 2.1.4
Martine Denoyelle April 2010
« Simplement quand on travaille avec les C.V.A (Corpus Vasorum Antiquorum), comme quand on travaille avec presque toute documentation publiée, on sait d'avance qu'on va avoir des qualités de reproduction de l'image extrêmement variables suivant les volumes qu'on consulte et donc on y va un peu au petit bonheur. Cela n'a rien de rationnel dans la mesure où il n'existe aucun corpus rationalisé d'images qui utilise...c'est normal ça a commencé début XXe. Cela fait maintenant plus d'un siècle qu'on produit des C.V.A, donc les derniers (certains C.V.A américains ou allemands) sont excellents pour la qualité de reproduction. » 2.1.3
« Albéric [Olivier] est un excellent architecte – archéologue, capable de dessiner des vues axonométriques des architectures représentées dans la peinture pompéienne dessiner, de reconstruire des ensembles monumentaux disparus, d'après des textes et quelques vestiges conservés. » 2.2.1
Lorsque la reproduction devient l'unique témoin d’une œuvre, elle prend un tout autre sens. Il ne s’agit plus uniquement d’un document ayant comme seule vocation la représentation et la diffusion de l’objet par l’image. Au-delà de cet aspect, elle s’anoblit plutôt du titre de source.
La reproduction à un instant de l’histoire peut différer de celle que nous percevons aujourd’hui. Elle témoigne d’une époque, d’un style et d’un regard. Par ailleurs, elle correspond aussi à un tracé de son auteur s’appuyant déjà sur ce qu’il voit ou ce qu’il imagine, prenant alors forme de reproduction avec une connotation bien plus artistique.
On réceptionne alors un objet avec une approche historique permettant ainsi une analyse et une compréhension de certaines évolutions voire modifications de l'œuvre.
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Il s'agit d'une approche historique. Si j'utilise une aquarelle, c'est généralement parce que le monument auquel je m'intéresse a été détérioré et que j'ai envie de connaître son état initial. » 2.2.1
Martine Denoyelle April 2010
« Certaines reproductions [anciennes] sont extrêmement fidèles et peuvent être utilisées. On peut faire des attributions, cela dépend de la qualité des recueils gravés, mais certains sont extrêmement bien dessinés. Les dessins d'Ingres par exemple des vases grecs sont d'une qualité et d'une fidélité incroyable. » 2.1.2
John Boardman December 2002
« The old nineteenth-century or earlier drawings are no more than that sort of reminder of what the figures might be, because you know how inaccurate they can be. You know how often an artist will add something to make it more interesting or take something away because he didn’t understand it. And quite often old drawings are quite instructive because you can see how things had been misunderstood. You see it in one way and then it gets stuck in that tradition, and it’s wrong. » 2.1.2