D’après le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) la mythologie est « un ensemble de mythes propres à une civilisation, à un peuple, à une religion, à un thème, à un élément ». Ces mythes se sont d’abord transmis oralement avant d’être rédigés et représentés. Les images et textes liés aux mythes sont des ressources importantes pour tous les chercheurs et plus particulièrement pour les antiquisants qui sont confrontés à de très nombreuses représentations de mythes grecs, romains, étrusques, etc. Ainsi, les chercheurs interviewés évoquent leur rapport à la mythologie, l’importance que cette dernière a pu avoir dans leur formation et plus généralement la fascination qu’elle exerce sur la société. Ils s’attardent également sur le rapport entre le texte et l’image mythologique et plus généralement sur la complexité d’étudier les images figurant des mythes.
Parmi les histoires racontées aux enfants, les mythes, surtout grecs et romains, ont une importance toute particulière notamment grâce à leur caractère édifiant et les images mentales qu’ils font naître. Ainsi, Martine Denoyelle se souvient des histoires mythologiques que lui racontait son grand-père alors qu’elle était enfant et du rôle que ces mythes ont eu sur ses choix futurs. De même, la mythologie a eu un véritable impact sur François Lissarrague qui explique avoir décidé de faire ses études sur ce sujet.
Martine Denoyelle July 2011
« Mon grand-père était professeur de lettres classiques, professeur agrégé. J'avais un grand-père qui m'a raconté des histoires mythologiques. J'étais très petite, puisque Œdipe et le Sphinx, c'était une des premières histoires que je connaissais, qu'il me racontait. J'ai été nourrie d'un certain nombre d'histoires de la mythologie très tôt. Pas l'image, l'image mentale. Il y a quelque chose sur le plan de la formation familiale, en effet: mon grand-père a joué un rôle énorme, je pense. A partir de trois, quatre ans j'allais chez lui, tous les jeudis. Ma grand-mère était agrégée de maths. Donc ma sœur faisait des petits problèmes, moi j'écoutais des choses. Je me rappelle très bien Œdipe et le sphinx. C'est une des premières histoires que j'ai connues. Mais il me parlait aussi de tout un tas d'autres choses. Des poèmes de Victor Hugo, de Michelet...Il y a eu une initiation au récit, dès l'enfance, et bien entendu quand on est enfant, le récit se met immédiatement en images mentales. Alors peut-être que par la suite j'ai cherché les images qui correspondaient au récit. Je pense que cela fonctionne aussi comme cela. » 1.1.3
François Lissarrague April 2004
« [...] Je suis allé voir Ernest Will, qui était un de mes professeurs de grec, très ouvert et qui faisait aussi de l'archéologie. Je suis allé le voir pour faire une maîtrise sur les images grecques et la mythologie et il m'a envoyé à Devambez, qui était alors le conservateur des Antiquités au Louvre, et à Demargne. » 1.1.1
Les mythes exercent une véritable attraction dans la société probablement grâce aux voyages mentaux qu’ils permettent à travers les récits et les images qui leurs sont associés. À l’école secondaire, l’étude de la mythologie est intégrée aux programmes et fascine souvent les élèves, puis à nouveau à l’université, comme l’ont expérimentée Martine Denoyelle et Pascale Linant de Bellefonds. Les mythes sont également le sujet de nombreux ouvrages – littéraires ou théoriques – qui attisent l’intérêt comme l’explique Françoise Frontisi-Ducroux.
Martine Denoyelle July 2010
« La seule chose que je pourrais dire à propos de cet intérêt pour la céramique grecque : de ma part c'était une fascination et pas du tout une approche raisonnée. Ce que je sais c'est que quand j'étais au lycée, plus exactement en classe de 6e et 5e, j'avais une professeure de lettres classiques qui illustrait les textes grecs et latins qu'on étudiait par des images de vases grecs. Je l'ai su beaucoup plus tard, il y a peu de temps même parce que j'ai rencontré cette personne qui me l'a dit. Et j'avais totalement oublié. Je ne m'en souvenais pas en fait. J'avais complètement occulté. » 1.2.2
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Disons, pour être tout à fait juste, l’autre aspect de ce que nous a communiqué Lilly Kahil qui m’a évidemment beaucoup attiré, c’est la mythologie. Son cours était axé sur les images de la mythologie. Donc, je me suis inscrite en même temps au département de grec pour suivre un cours de mythologie de Mme Duchemin qu’ont suivi également Anne [Anne-Violaine Szabados] et Noëlle [Icard] » 1.1.1
« J.-P. Vernant, je suis allée le voir à son séminaire. J’ai lu Mythe et pensée chez les Grecs qui a été une révélation pour moi. Justement j’ai d’abord enseigné en lycée, puis j’ai fait deux enfants. Et quand le deuxième a eu un an, j’ai lu Mythe et pensée et ça a été un déclencheur et j’ai voulu aller voir ce que c’était et je suis allée au séminaire de Vernant. » 1.1.1
Les mythes étant avant tout des récits écrits, étudier l’image en rapport avec le texte semble être un réflexe comme l’expliquent Pascale Linant de Bellefonds et Françoise Frontisi-Ducroux. Ida Baldassarre soutient, quant à elle, l’importance pour les chercheurs contemporains de connaître les textes et de savoir lire les images pour comprendre toutes les subtilités des représentations antiques.
« Pas seulement l’iconographie, non. Il m’est arrivé quand je travaillais, par exemple sur le mythe, d’étudier en parallèle des textes et des images, et, à ce moment-là, en analysant les images, je montrais comment je faisais. » 4.3
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Oui, mais c’est plus les représentations de la mythologie qui très vite m’ont intéressée, en relation avec le texte. Mon réflexe a toujours été face à une image antique d’essayer de la relier à un texte. Même si l’image a son autonomie et si parfois on ne peut absolument pas l’expliquer par un texte. Oui, je considère que le lien avec le texte est absolument important. » 1.1.2
Question: Che tipo di sapere suppone la lettura dell’immagine ?
« Mitologico ? che ne so. Vastamente storico e culturale insomma ? Oltre che iconografico anche. Eh ci vuole un sapere iconografico. Come fai tu a riconoscere che questo è un Eracle. Devi sapere come viene rappresentato Eracle ? E mettere in relazione Eracle e Alcesti. Devi sapere tutto, se no, non leggi le immagini. Ed è per questo che quando tu riesci a leggerla...tu hai fatto degli studi ma non è che l’antico aveva fatto degli studi, l’antico riconosceva immediatamente Eracle e Alcesti e quindi aveva una cultura. Hai capito cos’è che ti richiama poi l’immagine ? Tutto un mondo culturale che è il codice di interpretazione. Quando si dice « Non puoi conoscere solo le immagini ma anche il codice di lettura ». E’ una scrittura ed è una lettura, tu leggi se conosci. Tu leggi Tullio Pericoli se sai se questa qui è una « T, questa è una U ». L’antico leggeva Eracle che porta fuori Alcesti dall’inferno, se conosceva i miti, se non come lo leggeva. » 3.4.3
Pour des chercheurs comme Martine Denoyelle et Pascale Linant de Bellefonds, étudier une image mythologique revient avant toute chose à la regarder. Pour Pascale Linant de Bellefonds, il ne suffit pas de regarder une photographie d’une représentation pour véritablement étudier l’image, il faut la voir en vrai. Martine Denoyelle, quant à elle, met en garde contre le regard trop subjectif que l’on porte sur les scènes mythologiques.
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
« Oui, un objet dont je vais essayer de parler au colloque sur le style quand j’aurai le temps de m’y plonger d’avantage. Par exemple, le couple de centaures bien connu d’Aristeas et Papias. Je n’avais jamais noté que les mains du vieux centaure sont liées par la pardalide du centaure et pas par un lien extérieur. Des choses comme ça, on les note que quand on les voit et on les examine. C’est l’exemple qui me vient à l’esprit car il est très présent. » 2.2.1
Martine Denoyelle July 2010
Question: Et les pièges généraux dans lesquels il ne faut pas tomber ?
« Le rapport systématique au texte par exemple. Ou une vision trop moderne. L'absence de contextualisation de certains thèmes mythologiques, la subjectivation trop forte des scènes. Par exemple quand je lis l'image du peintre de la Furie Noire, je dis là il y a un très grand pathos, j'espère que d'autres gens partagent cela. C'est une image où il y a un pathos particulier, mais c'est moi qui vois le pathos. Il y a des gens qui font des descriptions qui sont bourrées de verbes de sentiment – elle le regarde avec crainte. J'en vois quelque fois fondées sur la direction des regards, en disant : "il regarde manifestement vers tel autre personnage". Donc il y a une prudence à avoir parce que, est-ce une science objective comme la balistique, la direction du regard? Je ne crois pas. Sur le cratère des Niobides, j'ai l'impression qu'Héraclès regarde Athéna, mais je crois que j'ai dû l'écrire avec un conditionnel parce que tu n'en sais rien. Or si tu en déduis une interprétation du genre : "il y a un regard particulier entre eux"... Il y a une étude sur le cratère des Niobides par Kristian Jeppesen, il a même fait un schéma, tout est fondé sur les croisements des regards. Un tel regarde un tel. C'est très très dangereux. C’est ça, le genre de piège à éviter, je pense. » 5.1
Par leur grande variété de représentation, les mythes sont bien plus complexes à étudier qu’ils n’y paraissent. Si François Lissarrague et John Boardman évoquent la difficulté ou le manque de pertinence à concevoir un manuel sur l’iconographique des mythes, d’autres commentent l’entreprise pharamineuse du LIMC (Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae) en soulignant que son utilisation exige de la prudence. Martine Denoyelle parle des diverses approches possibles pour l’étude des images mythologiques tandis que Paul Cartledge aborde la difficulté d’étudier une image mythologique qui n’aurait aucun point de confrontation ni en littérature ni en art.
François Lissarrague April 2004
« J’ai travaillé avant le LIMC, pendant et après. Ma maîtrise, qui portait sur des thèmes mythologiques, relevait d’une sorte de proto-LIMC ; c'est-à-dire que j'ai pris des thèmes mythologiques et j'ai fait des recherches qui sont aujourd'hui complètement inutiles, maintenant que le LIMC existe. Quand j'ai commencé à travailler avec Alain [Schnapp] et avec Vidal-Naquet, on ne faisait surtout pas ça ; on faisait de l'histoire sociale et on travaillait sur la chasse, la guerre, le sacrifice, c'est-à-dire tout sauf la mythologie, même si la chasse ramenait à la mythologie. Quand le LIMC a commencé à paraître, on était absolument hostiles, théoriquement, sur l'idée que ce n'était pas parce qu'on avait mis bout à bout toutes les images en les nommant, personnage par personnage qu'on avait compris quelque chose. On a vraiment été très très hostile. Maintenant qu'il existe je m'en sers tous les jours évidemment, parce que c'est une mine d'or, même si elle est insatisfaisante. » 2.1.3
« […] Quand avec Irène Aghion et Claire Barbillon on a rédigé un guide iconographique de la mythologie, je ne voulais pas le faire ; j'avais dit à l'éditeur, je crois que c'est une erreur parce qu'on va donner aux gens l'impression qu'il suffit d'ouvrir le livre et de se dire "ah oui, je vois des plumes, des ailes et un trophée, donc c'est la Victoire et on a résolu tout compris", mais cela ne suffit pas. C'est un mauvais service qu'on va rendre au lecteur, parce qu'on va leur vendre un livre en leur faisant croire qu'ils ont la clé. Or la clé, elle est à chaque fois adaptée à la serrure et il faut se la fabriquer ; oui il y a une clé, mais on ne va pas vous donner LA clé, vous allez faire en sorte de trouver votre clé. Mais en même temps, ce livre, il n'est pas totalement inutile. Une méthode de lecture, est-ce que "c'est possible et souhaitable ?"; c'est possible mais pas complètement; c'est souhaitable mais pas totalement. Si tu veux, s'il y avait un manuel du commentaire de texte, on ferait tous ça. Il faut en faire. Et en même temps, chaque commentaire, s'adapte au texte que tu vas commenter, donc... C'est tout le problème des outils pédagogiques. Mais est-ce qu'on doit, dans la recherche, produire tout de suite les outils pédagogiques ? Je n'en sais rien. J'ai des petits copains qui penseraient le contraire. J'aime bien enseigner; je pense qu’il est utile d'arriver à être clair sur ce qu'on fait. Est-ce qu'il faut en faire un manuel? Donner des outils oui. Donner des méthodes toutes faites, je ne crois pas. C'est risqué la méthode toute faite. D'abord, ça n'éveille pas l'esprit critique et puis une fois qu'on a inventé un mode opératoire, s'il faut le répéter à la moulinette, ça n'a pas d'intérêt. » 4.3
John Boardman June 2002
« Lexicons are worth doing but it has to be in great detail and you get something out of it. I encouraged Tom Carpenter to do his little book in the same series on art and myth in Greek antiquity, which I think is quite a useful beginning guide. You can’t get very far in that sort of work. But the handbooks were only intended really to do it in terms of developing style. You’ve got an index, so there’s a little chapter at the end on iconography, but that was just along the way. » 3.1
« si on prend le LIMC, je crois que c'est très utile de donner la typologie complète d'une image divine, mythologique. Mais dans le LIMC, même des auteurs aussi brillants qu’Erika Simon se laissent aller parfois à proposer des identifications trop incertaines. Je crois qu'il faut rester dans la plus extrême prudence dans ce genre de corpus, et ne jamais affirmer ou même suggérer plus qu'on n’est en droit de le faire. » 2.1.3
« Je trouve que le LIMC est un modèle, parce qu’il isole les périodes, les civilisations, et en même temps il regroupe les figures mythologiques dans des articles qui peuvent être très vastes. C’est vraiment un outil très utilisable mais à condition d’être toujours prudent. Il y a toujours une part d’interprétation dans ce corpus malgré l’apparente objectivité. Et si on n’est pas sensible à cette ambiguïté, on risque d’avoir des mauvaises surprises à utiliser des choses floues, approximatives alors qu’il faut les bannir complètement. » 2.4.2
John North August 2002
« I think it (LIMC)’s terribly useful. I’ve never read it. I mean, never from cover to cover. I read it when I’m interested in a particular mythical figure or how it’s represented, or something like that. » 2.1.3
Martine Denoyelle July 2010
« […] Et puis il y a encore ensuite eu d'autres approches qui se développent, mais là concurremment avec le travail que moi j'ai fait après sur les ateliers. C'est l'approche de Marina Mazzei, Claude Pouzadoux, Angela Pontrandolfo ou Eliana Mugione. C'est-à-dire l'approche qui contextualise régionalement les représentations du mythe, qui pour moi me semble très intéressante. C'est quelque chose que je regarde comme une approche, mais qui est complémentaire et qui éclaircit d'autres pans de, je dirai, la multifonctionnalité des représentations dans ces régions-là. » 1.1.4
Paul Cartledge December 2002
Question: What are the problems raised by the analysis of an hapax ? Could you give an example ?
« Let’s see if we can find something like that. Yes, in purely iconographic terms it would be an image of a version of a myth which doesn’t turn up in literature or in any other art form, but I couldn’t immediately think of an example. » 2.4.3