« Ekphrasis » provient du grec ancien et signifie « expliquer jusqu'au bout ». Il s’agit, en effet, d'un genre littéraire visant à décrire une œuvre d’art qu’elle soit réelle ou imaginaire. Ce terme lui-même tire son origine de traités théoriques rédigés à partir du Ier siècle après J.-C. par Aélius Théon (les Progymnasmata) et Hérmogène (l’Art rhétorique). L’ekphrasis trouve, néanmoins, ses prémices dans les préceptes des théoriciens antiques du discours avant même l’officialisation du terme. En effet, selon Aristote (384-322 av. J.-C.) la fonction première du discours est d’abord de montrer. Il illustre cela en usant du mot « enargeia » que l’on peut traduire par « visibilité ».

L’ekphrasis permet ainsi de questionner la relation entre texte et image. Dans les Progymnasmata Aélius Théon définit le concept de la manière suivante : « la description (« ekphrasis ») est un discours qui présente en détail et met sous les yeux de façon évidente ce qu’il donne à connaître. On a des descriptions de personnes, de faits, de lieux et de temps […] On a aussi des descriptions de manière. ». L’ekphrasis peut donc être un outil qui permet de conserver et de transmettre la mémoire. Dans le cas d’œuvres perdues ou détériorées, le lecteur est dès lors acteur car il est en mesure d’imaginer ou de reproduire ce qui n’est plus grâce à la description littéraire. Il est intéressant de citer en exemple La Calomnie, un tableau perdu qui avait été peint par Apelle, et dont une reproduction a été réalisée par Botticelli d’après l’ekphrasis de Lucien de Samosate.

Si cette notion n’a pas fait l’objet d’une question précise dans l’entretien, certains interviewés ont jugé opportun de l’aborder en la reliant au principe de style, d’image, et à la conception ou encore à l’utilisation que l’on peut faire d’une description.

La Calomnie d'Apelle (La Calunnia di Apelle) à la galerie des Offices de Florence

Sandro Botticelli, ca. 1495, La Calomnie d'Apelle (La Calunnia di Apelle), Galerie des Offices de Florence, Tempera sur bois, 62 × 91 cm

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1.1. Le rôle des textes sur la perception de l’art par les Romains et les Grecs de l’Antiquité

Gilles Sauron explique l’importance de s’interroger sur la façon dont les Romains et les Grecs de l’Antiquité percevaient une oeuvre d’art. Cette remise en question de la culture visuelle antique, notamment par le biais de témoignages, permet la compréhension d’un système de communication à la fois visuel et verbal.

1.2. Intermédialité : l’ekphrasis comme outil de contextualisation

Dès l’antiquité, la place du spectateur et du lecteur est questionnée notamment par le biais de l’ekphrasis. Ainsi, afin de comprendre la perception de l’art par les Romains et les Grecs de l’Antiquité, il est essentiel de s’interroger sur la culture visuelle de l’ère antique.

2. Mise en abîme de la perception : entre discours narratif et discours visuel

Selon Roland Barthes, les images ne peuvent être le reflet de la réalité car elles se trouvent être une construction de cette même réalité. Ainsi, pour de nombreux historiens les sources textuelles, moins subjectives, ne sont pas dissociables des images si l’on veut interpréter ces dernières. Gilles Sauron, adepte de cette maxime, mais aussi Jas Elsner trouveront en l’ekphrasis un outil permettant de lier ces deux discours narratif et visuel.

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