Le terme « œuvre » vient du latin opera, pluriel du latin opus, signifiant « ouvrage, travail, œuvre ». Il apparaît en français au XIIe siècle pour définir un ouvrage, un acte ou un travail. Au fur et à mesure des siècles, la définition de ce terme évolue, conservant toutefois cette idée de production concrète d’un travail artistique ou littéraire. Si nous prenons la dimension philosophique de l’expression « œuvre d’art », telle que Kant l’a abordée, nous pouvons retenir qu’elle désigne une création artistique qui doit susciter une émotion mais également avoir un but esthétique.
Dans les différentes interviews, l’expression prend souvent le sens d’« œuvre » seule ou d’« image ». Certains chercheurs emploient l’expression « œuvre d’art » d’eux-mêmes à la place du terme d’image, qui est le sujet de l’enquête. Ils présentent des définitions différentes de ce qu’est une « œuvre d’art », entretiennent une relation particulière avec elle et ont développé des approches propres pour l’étudier.
L’œuvre d’art est, par sa définition subjective, un objet complexe. Chacun entretient donc une relation qui lui est propre avec les œuvres d’art. Pour Martine Denoyelle et John North, il est important de voir les œuvres d’art directement.
Martine Denoyelle April 2010
« J’avais un intérêt pour les œuvres d’art. Et notamment pour les œuvres antiques […] Ce qui était intéressant dans ce cadre-là c’était l’étude de l’œuvre d’art. » 1.1.2.
Martine Denoyelle April 2010
« Je n’éprouve pas le besoin de collectionner. C’est encore un autre rapport à l'œuvre d'art. D’abord lorsque l’on est conservateur... sauf quelques histoires exceptionnelles, on n'éprouve pas le besoin d’avoir cela chez soi. » 1.2.4.
Martine Denoyelle April 2010
« J’en [voir l’objet étudié] ai besoin oui, on est forcément obligés de se servir de photographies d’œuvres lorsqu’on ne les a jamais vues. […] Dans ce cas-là il y a une question de limite d’utilisation, de ce qu’on veut faire de l’œuvre [...] Cela ajoute quelque chose de déterminant dans le fait d’avoir examiné l’œuvre. » 2.1.1.
John North December 2002
« I do believe that this experience of direct relationship with a work of art is crucial to the enterprise. » 1.1.2.
Parmi les chercheurs interrogés, chacun à sa vision de ce qu’est une œuvre d'art, que soit pris en compte l’artiste ou celui qui la regarde à l’époque antique ou contemporaine.
« Question: Avez-vous déjà pensé écrire un manuel en iconographie ? Comment le concevriez-vous ?
Dans tous les cas, je ferais beaucoup de passages sur les textes où on voit comment les Romains ou les Grecs de l'époque impériale voyaient une œuvre d’art. » 4.4.
« Oui, on peut appeler ça une méthode. Mais pour moi, devant une œuvre d’art romaine, le seul point de vue qui m’intéresse est celui de l’auteur de la commande, ce qui m’oblige à essayer d’entrer dans la peau de l’observateur antique. [...] Finalement beaucoup d’œuvres d’art ont été faites pour ne pas être vues, comme tous les bijoux qu’on enfermait dans les tombes » 4.3.
Paolo Moreno March 2010
« Un’opera d’arte antica figurativa è il punto di partenza di una visione mia, di altri, […] di un’idea sui pittori di quel tempo » 2.2.1
L'œuvre d’art est un témoignage d’une époque, d’une zone et d’un savoir-faire. Il est donc important selon Gilles Sauron et Luca Giuliani que le contexte soit pris en compte. Gilles Sauron explique également qu’il y a différents contextes, ceux qui concernent l’objet en lui-même, sa zone de production et à qui et pour qui il est réalisé et celui qui concerne l’image, c’est -à -dire pourquoi cette image se trouve sur cette œuvre.
« Le contexte est essentiel, mais à mon avis, il n'y a jamais un contexte, il y a toujours plusieurs contextes. Parce qu'il y a le contexte dans l'espace (où est située l'œuvre en question), il y a le contexte social (dans quel milieu l'œuvre a été réalisée, à quelle date), il y a le contexte iconographique (c'est-à-dire dans quelle tradition iconographique se situe l'image), si l'image est porteuse de questions religieuses ou philosophiques (quelles sont les traditions en question). » 3.2.1.
Luca Giuliani December 2010
« Ma ci sono altre cose che non possiamo fare. E, in genere, se io ho un cratere di Eufronio, mi piacerebbe sapere da quale tomba viene, se ci sono altri pezzi del corredo, se è una tomba maschile o femminile, tutte cose che mi piacerebbe sapere. Non è che il vaso, se queste informazioni non le ho, il vaso perde di valore : rimane il vaso. Ma ciò nonostante mi piacerebbe sapere, se vado agli Uffizi e vedo una Madonna di Cimabue, da quale chiesa viene e da chi è stata commissionata, sono tutte cose che mi sembrano …, perché spesso c’è un discorso, c’è una retorica, di dire « il vaso è un’opera d’arte » e, quindi, l’opera d’arte la possiamo astrarre dal contesto. Questo lo trovo un discorso completamente assurdo. » 3.1.4.
Les œuvres d’art font l’objet d’analyses stylistiques. Pour Martine Denoyelle, cette analyse permet de rattacher l’œuvre à un contexte de production et de proposer une attribution.
Martine Denoyelle April 2010
« Lorsqu’on analyse stylistiquement l’œuvre d’un peintre, d’une cité ou d’une région, cela joue un rôle : il y a des iconographies spécifiques et des traitement spécifiques de l'image, non, de la scène, de la part de certains peintres […] En matière d'attribution, il se passe forcément quelque chose dès le premier regard que l’on pose sur l'œuvre » 1.1.4.
Les œuvres d’art, comme leur nom l'indique, ont un but artistique. La description est alors un point de départ pour une analyse plus fine de l’iconographie et permet ensuite un classement de l’œuvre d’art.
Paolo Moreno March 2010
« Comunque, questo libro Ermeneutica Archeologia è uscito fine '800 ed è dedicato esclusivamente a come si descrive l'opera d'arte, come si classifica, come si fa un catalogo, eccetera, eccetera. » 3.1.2.
Martine Denoyelle April 2010
« Ils appellent cela descriptif parce qu'on parle trop de l'œuvre et il n'y a pas d’interprétation ? On reste trop collé... ? » 3.1.4.
Pour analyser les œuvres d’art, il n’existe pas une méthode unique : Paolo Moreno explique qu’il commence toujours par l'ouvrage de Alessandro Della Seta, Il nudo nell’arte, alors que John North conseille à ses étudiants de commencer par regarder l'œuvre et de ne lire des travaux bibliographiques que dans un second temps.
Paolo Moreno March 2010
« Il volume Il nudo nell'arte di Alessandro Della Seta è una bibbia che esce proprio dietro la spalliera della mia sedia e qualunque opera d'arte greca io devo studiare consulto Della Seta, che naturalmente non parla di tutte le opere che conosciamo noi oggi e neanche di tutte quelle del '930, quando la scrisse » 1.1.5.
John North December 2002
« I suppose that if you could get rules of organization, structure, and perspective for any work of art, then that could be a method for starting to read. And what the student would do first, before trying to think what the reference might be, would be: what is the order of importance that’s being presented in this work of art? [...] I don’t know what, but picking articles on individual things, so that they can simultaneously look at a work of art and a discussion of it » 4.2.