Le plaisir est un « état affectif agréable, durable, que procure la satisfaction d’un besoin, d’un désir ou de l’activité d’une activité gratifiante » (CNRTL). Nous pouvons donc définir le « plaisir esthétique » comme un état agréable, durable, suscité par une œuvre artistique. La notion de plaisir esthétique a été souvent associée à la pratique de la lecture de l’image et à l’iconographie, dans les réponses de plusieurs chercheurs interrogés dans le cadre de l’enquête. Toutefois, la notion de plaisir esthétique n’est pas admise par tous car elle est considérée comme inutile, voire nuisible à la recherche. Posons-nous alors la question suivante : quelle place peut-on ou doit-on accorder au plaisir esthétique dans l’étude scientifique ?
Pour Donna Kurtz et Claude Frontisi Ducroux, le plaisir esthétique est lié à la qualité de l’œuvre. Il n’implique pas uniquement le goût personnel de l’observateur. Et la valeur qualitative est importante pour éviter de banaliser l’image, nous dit Gilles Sauron.
Donna Kurtz August 2003
« Question: But you’ve never met an image which you don’t really like but which is interesting?
Oh certainly. Do you mean a question of quality?
Question: Esthetically, or affective.
The quality is something that you would assess, but it doesn’t have to be a masterpiece to be important. » 1.2.4
« J’aime les vases, j’aime les objets. […]
Question : C’est un plaisir de quel type ?
Je trouve que c’est beau, c’est un plaisir esthétique, d’abord esthétique. », 2.4
Gilles Sauron June 2010
« Question : Est-ce que tu as un plaisir esthétique pour les images antiques, celles sur lesquelles tu travailles ?
Oui justement, c'est un plaisir esthétique […] Je crois que c'est très important quand on étudie l'image antique d'en apprécier la valeur qualitative, telle qu’on peut estimer qu’elle était ressentie dans l'antiquité. Parce que sinon on risque de banaliser, d'aplatir ce qu'on est censé comprendre. » 1.2.4
Pour Luca Cerchiai et Luca Giuliani, le plaisir esthétique est essentiel. C’est l’essence même de la recherche. Sans ce plaisir, la recherche ne débuterait pas. Il donne l’impulsion au chercheur ; ce n’est pas une contemplation passive mais bien une véritable motivation.
Luca Cerchiai May 2003
« Question : Ami le tue immagini o no? Cioè per le immagini che tu usi, hai un interesse : ma ti piacciono anche?
Le immagini che studio? Certo, mi piacciono molto: sennò, probabilmente, non le studierei […] Di solito comincio a studiare le immagini che mi interessano. Credo che sia difficile mettersi a lavorare su un immagine non ‘attraente’. » 1.2.4
« L’immagine deve contenere un motivo per il quale studiarla. » 1.2.4
Luca Giuliani December 2010
« Sì. Trovo che il piacere sia una cosa essenziale. […] In italiano si direbbe « contemplazione estetica », ma « contemplazione » già è una parola troppo contemplativa […] ma guardare l’immagine deve essere una cosa remunerativa sul piano estetico. Remunerazione estetica mi sembra meglio che contemplazione estetica perchè contemplativo è troppo passivo. » 1.2.7
Selon Ida Baldassarre, l’approche esthétique est inutile. Le beau, le laid, la couleur renvoient à des émotions, ce qui est contradictoire avec la recherche qui se veut neutre et objective.
[…] Ti accorgi che l'approccio estetico è inutile ormai. Qual è l'approccio estetico alle sculture moderne, a un Picasso? O trovi un altro approccio o l'approccio estetico di bello - del senso del bello, del senso del brutto - è fallito no? […]Che significa bello, bruto, che significa? Non lo so. Allora cos'è che ti procura quest'emozione per cui dici « mi piace, sono belle, mi piace ». Eh, insomma non l'ho risolto. […] Anche il colore, che ti procura un'emozione ? Ma non è il criterio estetico che ti permette di capire queste cose, quindi ecco messo in crisi l'approccio semplicemente all'estetico ! » 1.2.7
Paul Cartledge privilégie la connaissance plutôt que l’esthétique. Selon lui, la beauté et le plaisir qu’elle procure peuvent influer de manière trompeuse la réflexion et la compréhension de l’image. Pour John North, les notions de beauté et d’intérêt d’une image ou d’un objet, peuvent être dissociés. Ainsi, bien qu’il ne soit pas essentiel, le plaisir esthétique reste un facteur stimulant dans la recherche en histoire de l’art.
Paul Cartledge December 2022
« […] That’s interpretation in terms of pure aesthetics, and that’s tricky. But really isn’t that what, after all, attracts people to study in the first place. So in a way, in the end, you ought to try to get back to the stimuli, what it is that made you want to find out anything more. And then, we haven’t talked about this, but the psychology, or psycho-analysis, of aesthetics, of imagery is very important obviously. », 2.3.2
« Knowledge, that’s interesting, as opposed to simply aesthetic appreciation. » 3.2.4
«If by “style” you mean an individual, personal style, what differentiates Exekias from the Amasis Painter, then that’s another level of analysis, which is more of pure art history, of iconography, and style, as it were, the icing on the cake, the coating, the superficial but very pleasing aesthetical element […] » 3.1.5
John North December 2002
«Question: Aestical pleasure?
Obviously not all of them. Some are not that very interesting or not that pleasant images, but are important from the point of view of working out what’s going on. I mean, I enjoy looking at the Roman reliefs. I find it quite exciting when you look at the thing itself. You’re so used to photographs of them, working with photographs of them, it’s quite exciting to go and look at them, but yes, it gives me pleasure. It’s a pleasure to walk around the Louvre with all the religious monuments there. A pleasure is in part I suppose one of recognition and knowing about them and that you’re going to look at very specific things […] I also take aesthetic pleasure in looking at these things, yes. », 1.2.4
Dans cette idée de connaissances culturelles, les chercheurs Angela Pontrandolfo, Pascale Linant de Bellefonds et Gilles Sauron représentent trois grades de réflexion. Chez Angela Pontrandolfo le plaisir esthétique est à dissocier complètement de l’intérêt culturel. Pour Pascale Linant de Bellefonds, le plaisir et le ressenti esthétique sont associés aux connaissances de l’image. Quant à Gilles Sauron le plaisir esthétique dépasse le goût esthétique personnel. Les chercheurs reconnaissent que le plaisir esthétique est un tout : il provient de la dimension politique, historique, sociétale et esthétique de l’image.
Angela Pontrandolfo January 2003
«Question : Le piacciono le immagini sulle quali lavora? Fino a che punto?
Sì. Fino a che punto che significa? […]
Question : Non corrisponde a un gusto personale o qualcosa del genere?
No, no, non è una questione di gusto, è una questione di interesse culturale.
Question : Quindi non c'è piacere estetico?
No, assolutamente no. Il piacere estetico lo provo per le immagini dei periodi diversi per i quali lavoro. » 1.2.7
Pascale Linant de Bellefonds February 2010
«Question : « Est ce que vous avez choisi certaines périodes ou en avez-vous accentué l’étude à cause de certains critères qui étaient esthétiques ou émotionnels ?
Oui, à la fois pour des critères esthétiques et culturels. » 1.2
Gilles Sauron June 2010
« Le plaisir esthétique peut très bien reposer sur autre chose que sur la virtuosité esthétique...» 1.2.4
« C'est donc plutôt un intérêt esthétique, mais en même temps en lien avec la politique, d’une part, et la religion, d’autre part. » 1.1.2