Le théâtre dans l’Antiquité était un édifice architecturé à ciel ouvert, en forme d’hémicycle et composé de quatre parties : la cavea, l’orchestra, le proscaenium et le fons scaenae. Cette structure est à mettre en lien avec - le mot grec θέατρον (theatron) - et - theatrum en latin qui signifient le lieu de représentation, où l’on regarde un divertissement.
Le théâtre classé aujourd’hui en tant que 6ème art, est de plus apparenté au genre littéraire et artistique, l’art dramatique, qui consiste à composer des pièces destinées à être mises en scène par des acteurs et impliquant aussi un travail de gestuelle des acteurs. Dans l’Antiquité, ces œuvres théâtrales pouvaient être représentées sur des objets divers dont des œuvres d’art : vases, bijoux, armes.
C’est à ces différents titres : « Expérience personnelle », « Performance théâtrale », « Le théâtre tragique et ses représentations imagées », que les auteurs évoquent le théâtre dans cette Enquête.
Le théâtre peut être vu comme une expérience personnelle et un divertissement à la fois culturel et visuel. Jas Eslner, Marie-Christine Villanueva-Puig et Marie Beard expliquent qu’ils ont assisté à des représentations théâtrales et que celles-ci ont eu une influence sur leur relation à l’image.
Jas Eslner
“I love the theatre. If there is an art form which I would enjoy every night... if I could go to the theatre every night I would”. (1.2.2.)
Marie-Christine Villanueva-Puig
« J’ai eu la chance d’avoir une mère exceptionnelle, elle nous emmenait systématiquement, ma sœur et moi, aux musées et aux concerts. C’était plutôt familial. Il n’y avait pas de belles choses chez moi. Mon intérêt vient de la fréquentation précoce des musées et des salles de concert, de théâtre ». (1.1.2.)
Marie Beard
« Do I consume a lot of images?
Do I go to […] theatre? Yes, lots. Yes, I think images play a very large part in [my life] ». (1.2.2)
Dans les interviews d’Ida Baldassare et Marie-Christine Villanueva-Puig, la question de la performance théâtrale est abordée en tant que créatrice d’images par le biais du travail de la gestuelle des acteurs sur scène et sa représentation sur les vases.
« Il teatro...ho avuto una grossa passione che adesso si è un po' esaurita come se non mi piacesse più...Una grossa passione per il teatro, sì. Io sono venuta a Roma da Bari per vedere il teatro. Per esempio ricordo ancora di aver assistito alle cose di Brecht famose, le rappresentazioni di Brecht [...] e quindi veramente alla trasmissione attraverso una gestualità che poi è immagine di un testo. Sì, sì, il teatro sì.
[...] Ricordo ancora un Pirandello, Enrico III o Enrico IV di Pirandello. Quello che mi aveva affascinato era che incomincia così : entrano in scena non vestiti, in un angolo si vestono, cioè entrano nella parte e poi restano. E io ho avuto la netta sensazione del teatro come rappresentazione, ma non spontanea.
[...] Era il periodo in cui a Roma c'era tanto teatro. Erano gli anni Sessanta poi ». (1.2.2)
Marie-Christine Villanueva-Puig
« […] Je pense que le cratère de Pronomos est une œuvre fondamentale. J’y attache toujours une partie d’un cours parce que je crois que cela permet de faire le point sur beaucoup de thèmes dionysiaques qui sont croisés sur cette œuvre qui est très savante. [..] On est chez les dieux ou on est chez les héros et on est dans la matérialité de la performance théâtrale ». (5.1)
Le théâtre, ici tragique, peut être perçu comme une source d’inspiration iconographique pour être par la suite représenté en image sur un objet.
Le texte des Euménides d’Eschyle et le cratère du Peintre de la Furie Noire sont pris comme exemple par Martine Denoyelle dans son interview pour expliquer de quelle manière le texte théâtral et son pathos sont peints sur les vases. Elle aborde par la même occasion la question de la circulation des textes par l’arrivée les colons grecs en Italie.
Martine Denoyelle
« Avec la céramique italiote on se retrouve dans un univers de circulation, de modèles, de choses extrêmement différentes. Très complexes.
Et là se pose de manière cruciale le problème de la tragédie. Le problème de l'analyse des scènes, qui semblent issues du théâtre tragique. Le problème de la connaissance textuelle que les colons grecs pouvaient avoir de tel ou tel épisode, y compris de l'épopée.
Et les problèmes des modèles de l'image. Qui est un problème absolument crucial, à partir du moment où on travaille sur une production de céramique qui se forme à l'époque classique, plus tard que d'autres. Et qui est censée prendre modèle au départ, qui n'est pas seulement censée: qui est issue de la tradition de la figure rouge attique, mais transposée dans un univers culturel, historique et politique, complètement différent. A partir de là, la question du modèle de l'image se pose de manière très forte ». (1.1.4)
« J'ai fait une petite présentation en septembre du cratère du Peintre de la Furie Noire […]. La façon dont est représentée la scène d'ouverture des Euménides, elle est aussi très extraordinaire parce qu'il y a une espèce de pathos incroyable. Avec cet Apollon qui se précipite. Je n'ai pas trouvé d'autres moyens pour l'analyser que de le rapprocher du texte des Euménides d'Eschyle. […]
Il est en relation avec le théâtre, c'est sûr. C'est sûr qu'il illustre cela. Mais est-ce qu'il l'illustre à sa façon ou est-ce qu'il illustre en suivant de très près le texte? Là j'ai vraiment voulu montrer le rapport au texte. L'idée c'est que le peintre a voulu rendre une chose : l'atmosphère de terreur, et de désordre dans le sanctuaire, que le texte reflète. Quand tu regardes les mots du texte, ils sont d'une violence extrême. Tout ce texte se déroule dans des termes d'une très grande violence. Voilà ce qu'on peut faire avec une image unique. Mais on a toujours l'impression de faire un peu de prestidigitation. Parce que faire coller un texte à une image ou une image à un texte, faire adhérer totalement, il reste toujours des choses qu'on passe un peu sous silence…comme des bulles dans la surface encollée… » (2.4.3)