Si la vision de l’architecture en tant qu’image est source de débat, notamment méthodologique, on observe en revanche un consensus sur les usages de l’architecture comme contexte nécessaire pour comprendre les images.
Si la vision de l’architecture en tant qu’image est source de débat, notamment méthodologique, on observe en revanche un consensus sur les usages de l’architecture comme contexte nécessaire pour comprendre les images.
Pour Gilles Sauron, l’interprétation des images implique une prise en compte de son contexte, a fortiori du contexte dans lequel elle est créée. Il lui semble extravagant de séparer une scène de la frise de la Villa des mystères. L’objet de ses recherches étant de comprendre comment les Romains voyaient les images, leurs critères, et ce que les matérialisations, stylisées, réalistes, en donnent à percevoir. Dans cette perspective il a également recours aux textes le cas échéant, afin de comprendre la perception des lecteurs antiques.
On retrouve un positionnement similaire chez les anglo-saxons John Boardman et Jas Elsner. Pour John Boardman le contexte est essentiel pour comprendre une image, une sculpture, un lieu. Elle nous permet de comprendre le sens. Comme il l’explique, même si une chose est créée à un moment donné, dans une architecture donnée et a donc, un sens à un moment donnée – il donne l’exemple des sculptures du Parthénon – elle peut en avoir un autre tout à fait nouveau à une période ultérieure.
Jas Elsner le rejoint sur ce point quand il aborde la possibilité d’étudier les images et leur caractère polysémique.
L’architecture offre de surcroît un contexte spécifique qui peut se livrer immédiatement à l’œil et à la compréhension de l’histoiren d’art, qui peut se rendre sur place et observer in situ. C’est la position de Gilles Sauron qu’il développe au sujet de l’Ara Pacis.
François Lissarrague poursuit cette idée quand il approfondit la notion d’iconographie et l’usage qu’il en fait.
John North pousse plus loin ce raisonnement en mobilisant l’idée que l’architecture va permettre d’attester du sens ou de l’usage d’une image, d’un objet.
Concevoir l’architecture comme contexte des images et l’outil de déchiffrage de leurs significations amène à se demander si l’architecture elle-même est une image. Ce peut être notamment le cas quand on se focalise sur l’architecture dans sa dimension de bien marchand, comment le développe Gilles Sauron :
Quand elle est abordée dans son usage pratique, l’architecture-image peut passer inaperçue. C’est en effet un travail d’éducation qui va amener certains historiens de l’art à se pencher sur cet art environnemental, qui sinon peut être omniprésent et invisible.
Liste des citations pour : 1. L’architecture comme contexte
Gilles Sauron
« Q : Tu as parlé des traitements stylistiques. Quelle place accordes-tu à ces aspects stylistiques dans ton traitement ?
Gilles Sauron : Ils peuvent jouer un très grand rôle. Quand je parle de traitements stylistiques, j'essaie de me placer du point de vue de l'observateur antique. Parce que ce sont souvent des Romains, et que les Romains, Ovide par exemple, a décrit des styles, a opposé des styles explicitement, comme dans l'histoire de la compétition des tapisseries du livre VI des Métamorphoses. Donc c'est un peu ce point de vue que j'adopte, même si ça ne joue pas le même rôle dans tous les cas. Il y a des cas où ça joue vraiment, par exemple, j'avais fait un rapprochement entre la Bucolique III de Virgile et une partie des rinceaux de l'ara Pacis, parce que dans la Bucolique III, Virgile oppose un rinceau d'acanthe disons classique à des rinceaux de vigne et de lierre réalistes. Or, on retrouve la même opposition thématique et stylistique dans les rinceaux de l'ara Pacis. Comme le montre Ovide, cette opposition stylistique était perçue par les lecteurs antiques, ça m'intéresse à ce titre-là. » 3.1.5.